Le silence… et les oiseaux

Ce midi, la minute de silence en hommage aux victimes des attentats du 13 novembre s’est établie spontanément, sans mot d’ordre ni personne pour officier. Dans le calme qui s’en est suivi, on n’entendait que le chant des oiseaux.

En les écoutant, me revenait en mémoire le poème de Sarah Teasdale, There Will Come Soft Rains, que j’ai découvert il y a peu grâce à sa traduction en occitan chantée par le trio de chanteurs Un per vox :

Viendront de douces pluies et des parfums de terre,
Et des stridulations d’hirondelles dans l’air ;
Des grenouilles en voix, la nuit, aux marécages,
Et de blancs trémolos dans les pruniers sauvages ;
Les rouge-gorge dans le feu de leur parure
Siffleront leurs lubies sur un fil de clôture ;
Et nul n’aura eu vent d’une guerre en ce monde
Ni souci que se taise, enfin, sa voix immonde.
Nul ne s’inquiétera, arbre ou oiseau qu’importe,
Si l’humanité n’est plus rien que lettre morte ;
Et le Printemps, à l’aube, en retrouvant ses sens,
Ne remarquera pas, ou si peu, notre absence.

Une guerre, sa voix immonde… Nous y sommes, non ?

Puisse l’indifférence salutaire de la Nature nous montrer comment sortir de notre penchant immémorial à l’auto-destruction.

Bourrasque

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Des feuilles d’érable rouge cuivré sont fouettées par le vent qui ne parvient pas encore à les décrocher en ce début d’automne. Mais il a tout son temps, il sait qu’il y parviendra sinon aujourd’hui, du moins demain, la semaine prochaine, plus tard peut-être. Le vent est certain d’avoir raison de leur folie chromatique. Comment pourrait-il comprendre une telle luxuriance, le vent incolore, lui qui n’atteint la teinte des choses qu’en les soulevant pour les emporter dans les airs ? Le vent s’insurge de n’avoir aucune matière, d’en être réduit à combler les vides, à circuler de pressions en pressions, comme un silence dans la musique, sans cesse chassé par les notes. Enlèverait-il toutes les feuilles des arbres de l’automne que le vent n’en gagnerait aucune couleur. Comment s’étonner, dans ces conditions, qu’il déclenche des tempêtes et précipite ces éclats lumineux dans la boue la plus sale où ils pourriront tous, quels soient leurs atours crépusculaires ? Un peu lâche et dépité, le vent reprendra sa course sans fin de branche en branche, de bois en bois, sans admettre qu’il les a dépouillés et qu’il lui faudra attendre de longs mois – c’est sa pénitence – avant de voir resurgir les feuilles dans lesquelles il se plaît tant à jouer lorsque la douceur du printemps l’incline davantage aux caresses qu’aux emportements de l’automne.

Photographie : Sylvain Maresca