Contes de l’Avent

(Ébauche d’une version contemporaine des Rois Mages)

Photo : Sylvain Maresca

CONTE DU LEVANT

L’homme s’était mis en chemin à la recherche des limites de son pays. Chaque matin, le soleil surgissait de la mer, mais on disait que sa course jusqu’au soir n’épuisait pas l’étendue de cet Empire situé au centre du monde. D’ailleurs, l’Empire et le monde, c’était tout comme. L’homme voulut en avoir le cœur net.

Il entama son périple avec détermination, partagé toutefois entre le désir secret d’atteindre l’inconnu et la frustration plus que probable de voir ses efforts voués à l’échec. Nul n’avait jamais atteint les frontières de l’Empire du milieu. On disait qu’un désert plus immense encore flanquait ses marges occidentales.

Il ne fit part de ses intentions à personne, on l’aurait traité de fou. Pire encore, on l’aurait dénoncé aux autorités : il ne faisait pas bon douter de la toute-puissance de l’Empire. Lui qui aspirait à traverser l’infinité des espaces aurait fini dans une geôle aussi étroite que ses rêves étaient immenses.

Pour ne pas éveiller les soupçons, il cheminait paisiblement, sans se presser, comme un ordinaire marchand, dormant à l’écart, mangeant peu. Le soleil lui chauffait le dos chaque matin en guise d’encouragement, mais dès midi il attendait qu’il fût couché pour reprendre sa route sans plus être desséché par ses rayons brûlants. Peut-être que la frontière n’était rien d’autre que cette herse de lumière aveuglante.

Les jours, les mois passèrent, il marchait toujours. Son âge passa également sans qu’il s’en aperçût, sinon que se lever à l’aurore pour reprendre la route lui coûtait de plus en plus. Son dos, ses maigres membres le faisaient souffrir. Depuis longtemps, l’étoile rouge qui lui avait servi de guide avait pâli, ou bien ses yeux usés ne la distinguaient plus.

Il se sentit perdu au milieu de nulle part. A quoi bon continuer d’avancer dans une telle vastitude sans le moindre repère ? Il savait pourtant qu’il ne pourrait retourner. Frappé par la foudre de cette absolue perte de certitude, il tomba à genoux, aussi démuni qu’un enfant abandonné. Point d’oreille pour entendre sa plainte, aucune main pour le réconforter.

C’est alors qu’il comprit que la frontière était précisément ce mystère transparent, sans contours, insondable, qui n’ouvrait sur rien de connu. Choisirait-il de s’y aventurer ou reculerait-il devant l’inexploré, à présent qu’il était à portée de main ? Il n’osait se relever, tétanisé par l’ampleur du défi.

Le crépuscule le surprit sans qu’il eût rien décidé, pas plus ce jour-là que les précédents. Grain après grain, le sable menaçait de l’ensevelir. C’est alors qu’il aperçut, bas sur l’horizon qui se teintait d’encre, une étoile brillant d’un éclat incandescent. Il la suivit.

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