Biodiversité ou abandon ?

À présent que les municipalités sont de plus en plus nombreuses à ne plus répandre de désherbants dans les rues et les espaces publics, les herbes prolifèrent un peu partout. Rares sont les habitants qui entretiennent encore leur bout de trottoir. Quant aux platebandes fleuries, elles sont colonisées par ce qu’il n’est plus admis d’appeler des « mauvaises herbes ». Car de quel droit stigmatiserait-on ces plantes opiniâtres qui ne demandent rien à personne pour croître dans les moindres fissures, qui fleurissent sans relâche et grainent aussi abondamment ? Ne sont-elles pas le garde-manger des insectes et les garantes de la biodiversité ? Donc respect pour nos nouvelles amies les herbes folles.

Sauf que l’envahissement de la ville par cette végétation sauvage lui donne un air d’abandon qu’il est difficile de relativiser au profit de la bonne conscience écologique. Au pays des jardins à la française, comment ne pas voir dans ces touffes intempestives le premier signe, et non des moindres, d’une déréliction de l’espace public à une époque où chacun défend son pré carré sans plus guère se soucier du commun. Si les mauvaises herbes sont notre nouveau bien commun, n’est-ce pas parce que nous n’avons précisément plus grand-chose à partager ?

De surcroît, à bien observer cette végétation envahissante, on remarque vite la prolifération des mêmes espèces, voraces et dominantes. Où est la biodiversité dans ce combat gagné d’avance, dans cette répétition des mêmes fleurs, des mêmes touffes, des mêmes buissons secs ? Une jungle conquérante, sûre de sa force, s’empare de nos villes sans laisser la moindre place à la diversité des plantes plus délicates, timides ou saisonnières qui pourraient s’y implanter.

Certaines communes distribuent désormais aux habitants des sachets de graines pour fleurir les abords de leur habitation, comme si leurs semis avaient une chance de contrer les menées invasives des herbes ordinaires, galvanisées par des millénaires de survie. C’est un étrange paradoxe : vouloir recréer de la Nature contre la Nature. Or, elle gagne à tous les coups. La mauvaise conscience de notre humanité dévastatrice nous condamne donc au pissenlit et à la folle avoine. Nous n’avons plus qu’à nous y faire et à tenter de modifier radicalement notre conception de l’esthétique végétale, de l’aménagement urbain et de la place de la Nature dans nos villes.

Photos : Sylvain Maresca

2 réflexions sur “Biodiversité ou abandon ?

  1. Très juste, c’est exactement le même constat que je viens de faire en regardant mon petit jardin enclavé par du béton
    Je me sens dépassée par cet envahissement

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