
L’arbre n’aura pas survécu. L’éclosion des bourgeons de sa branche rescapée n’était alimentée que par la sève présente dans le fourmillant réseau de canaux qui irriguaient encore son tronc. Aucune racine n’avait été épargnée. Il était non seulement effondré, mais définitivement coupé de la terre nourricière. Si bien que, à mesure que l’été s’avançait, sa branche et les quelques rejets qui avaient jailli de son écorce se sont flétris jusqu’à se dessécher complètement.
C’est alors que sont intervenus les jardiniers. Ils ont tronçonné ses extrémités pour simplifier la structure restante, rapporté de la terre pour lisser les flancs du géant, puis semé de l’herbe pour raccommoder la pelouse autour de son naufrage.
C’est ainsi que l’arbre défait est devenu partie du paysage façonné par les hommes, comme l’est tout parc digne de ce nom. Aujourd’hui, les pelouses ne sont plus des miroirs d’herbe impeccablement tondue, les graminées poussent librement sur les bordures, certains fourrés sont même implantés en surplomb d’un bassin, tandis que les arbres abattus par la tempête sont laissés sur place pour servir d’abri aux vers, insectes, mulots, oiseaux et autres locataires discrets de la nature en ville.
Désormais, le grand chêne alimente à son tour ce pari à la fois paysager et naturaliste. Il ne revivra plus sous sa propre essence, mais donnera vie à un foisonnement imperceptible qui, à force d’appétit et d’obstination, pourrait même achever de le ruiner définitivement. Pour l’heure, il trône sur l’herbe nouvelle, digne et surprenant, encore majestueux, disponible.

quel plaisir de retrouver motif
Belle histoire, merci
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Tout simplement magnifique
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