L’attrait de la rivière

Ce texte est issu de la soirée d’improvisation littéraire à laquelle j’ai participé au Théâtre La Ruche, à Nantes, le 30 mai dernier.

On choisit trois auteurs et quelques comédiens (trois en l’occurrence). Alors que l’animateur présente les auteurs au public, ceux-ci sont isolés dans une autre salle pour écrire chacun un texte sur un thème commun, et ce pendant vingt minutes.
Le temps écoulé, ils rejoignent le public pour la lecture de leur texte, suivie avec attention par les comédiens. Ces derniers s’isolent pendant dix minutes pour préparer la mise en scène des textes, alors que le public est invité à imaginer lui-même comment les textes pourraient être adaptés pour la scène et engage un échange avec les auteurs sur leur façon d’écrire. Place ensuite à l’improvisation !

Il doit beaucoup aux trois comédiens, Jean-François Gascard, Rapahël Magnin et Mathéo Massa, qui ont improvisé à partir de mon premier jet. Leurs propositions ont enrichi cette nouvelle version. Je les en remercie.

Le thème imposé était : Le corps est un Autre, ou le corps de l’Autre. Lire la suite « L’attrait de la rivière »

Le premier jour – 7

Épisode précédent.

Photo : Sylvain Maresca

Le lendemain, le surlendemain et tous les matins suivants, Irina sonnait à sa porte. Connaissant l’heure et l’attendant, Il lui ouvrait la porte en robe de chambre (il ne se décidait pas à s’habiller) et la laissait entrer. Ils s’installaient autour de la table basse qu’il avait débarrassée depuis le premier jour, et cependant qu’il buvait le café bien chaud qu’elle lui avait apporté, elle lisait ce qu’il avait écrit depuis la veille. Tous ses efforts, ses errements, ses inquiétudes étaient balayés dès l’instant où elle portait les yeux sur les feuillets qu’il avait déposés à son intention. Lire la suite « Le premier jour – 7 »

Le premier jour – 6

Épisode précédent.

Photo : Sylvain Maresca

Lorsque Étienne entendit la sonnette, son réflexe fut de s’enfoncer dans son lit. Il ne recevait jamais de visites. Quant aux factures, elles pouvaient attendre. Sous ses dehors de reclus volontaire, Étienne ne pouvait cependant s’empêcher de s’interroger. Qui avait pris la peine de venir le voir ? Qui ignorait sa fuite du monde ? Qui s’imaginait pouvoir l’en extraire ? Lire la suite « Le premier jour – 6 »

Le premier jour – 4

Épisode précédent.

Photo : Sylvain Maresca

Lui, absent de son corps. Elle, vive et bondissante.

Lui, grand, mince, habillé sans recherche, pour se couvrir, simplement.

Elle, bien en chair, heureuse de ses formes. Vêtue de couleurs et d’atours, foulard brodé, bracelets, bagues, boucles d’oreille. Rien de précieux, que des reflets chatoyants pour rehausser l’éclat de ses yeux. Lire la suite « Le premier jour – 4 »

Le premier jour – 2

Si vous voulez reprendre depuis le début : Le premier jour

Photo : Sylvain Maresca

La serveuse revint avec son café, qu’elle posa à même ses feuilles, avec une désinvolture qu’Étienne  prit pour une nouvelle provocation. Il faillit se lever pour partir sur le champ, laissant là son café, ses feuillets et l’encombrant labeur de ce roman qui traînait en longueur malgré l’acharnement qu’il y mettait chaque matin. Elle le gratifia d’un sourire moqueur qui semblait dire : « Vous vous en remettrez, vous verrez. Ça fait du bien parfois de changer ses petites manies. » Lire la suite « Le premier jour – 2 »

Le premier jour

Photo : Sylvain Maresca

Étienne avait ses habitudes dans ce café. Chaque matin, à neuf heures, il allait s’asseoir à une table du fond qui lui offrait une vue sur l’ensemble de la salle tout en le mettant à l’écart du brouhaha. Il aimait regarder les gens, mais préférait ne pas trop les entendre.

Ce matin-là, il découvrit une nouvelle serveuse. Déterminée, pas le moins du monde intimidée par son premier jour de travail, elle passait entre les tables avec aisance, portait son plateau souplement et s’adressait aux clients comme à de vieux habitués qu’elle aurait servis depuis des semaines. Lire la suite « Le premier jour »

Des oiseaux dénichés par la musique

Librement inspiré de l’installation From Here to Ear de Céleste Boursier-Mougenot à la HAB Galerie de Nantes (visitée le 29 septembre dernier).

Vue de l’installation – Photographie : VOYAGE A NANTES

Ils nous ont lâchés ensemble. On ne se connaissait pas. Aucun d’entre nous ne savait ce qu’il devait faire. Ils avaient ouvert les portes de nos cages et semblaient attendre quelque chose. Prudemment, nous sommes restés derrière nos barreaux. Leur présence insistante nous rendait nerveux. Certains gonflaient leurs plumes, d’autres s’étaient reculés contre la paroi du fond, la tête rentrée dans le cou, sans un regard pour l’espace qui s’ouvrait devant nous. Ils ont fini par s’éloigner.

Lire la suite « Des oiseaux dénichés par la musique »