Un souvenir sous la table

Photo : Sylvain Maresca

Voici le texte que j’ai eu le plaisir de voir interpréter hier au Théâtre Francine Vasse par deux comédiens très en verve :

Un souvenir sous la table

La table d’un grand repas de famille n’est pas débarrassée. Assiettes sales, verres encore à demi remplis, couverts en désordre, taches sur la nappe, miettes de pain… Les convives ont déserté la salle à manger pour s’égayer dans le jardin.

Au milieu de l’après-midi, la mère de famille revient s’asseoir. Elle pousse les assiettes pour déposer sur la table un épais volume relié, puis elle appelle son futur gendre avec un sourire gourmand sur les lèvres.

La mère – Mon petit Manuel, venez donc ici que je vous montre la famille.

Manuel, qui bavardait avec sa fiancée Nadine, la fille de la maison, s’approche sans empressement. Lire la suite « Un souvenir sous la table »

Repas de famille(s)

IMG_6708 Willem Claesz Heda. 1594-1680. Haarlem. Breakfast Table with blackberry pie.  Table de petit déjeuner avec tarte aux mûres 1631 Dresde. Gemäldegalerie Alte Meister.

Dimanche 13 octobre à 16 h au Théâtre Francine Vasse à Nantes seront présentées les mises en scène de neuf courts textes d’auteurs contemporains (membres des Écrivains associés du théâtre 44), produites par le collectif Les Envolés.

Leur thème commun, qui a inspiré cette commande d’écriture, était :

Un repas mémorable.

J’aurai le plaisir d’y voir jouer mon texte Un souvenir sous la table.

Venez nombreux : la salle est grande et l’entrée gratuite (sur réservation).

Théâtre Francine Vasse
18 rue Colbert
44000 Nantes
Infos et billetterie : 09 81 94 77 43

Tableau de Willem Claesz Heda, 1631. Photo : Jean-Louis Mazières.

Le feu de Madame Belhassem – 3

Photo : Sylvain Maresca

Lorsque, le lendemain matin, on la ramène dans le bureau de l’inspecteur, Mme Belhassem a l’impression d’y être précédée par son odeur, un mélange de sueur et de tissu froissé qui la mortifie. Jamais elle ne s’est présentée à des inconnus dans un tel état d’abandon. Ses cheveux la grattent sous son fichu qu’elle n’a pas voulu enlever, même lorsqu’elle s’est retrouvée seule en cellule pour passer une nuit aussi blanche que la lumière insistante du néon fixé au plafond. Elle était persuadée qu’on surveillait ses moindres gestes. Par quel moyen, elle l’ignorait, mais elle en était sûre.

Lire la suite « Le feu de Madame Belhassem – 3 »

Le feu de Madame Belhassem – 2

Photo : Sylvain Maresca

– Qu’est-ce que vous faites ?, demande le premier policier.

– A qui s’adresse votre question ? A moi ou à eux ?, l’interroge à son tour Mme Belhassem en désignant la foule des curieux. Car, personnellement, je n’ai toujours pas compris ce que font tous ces gens, agglutinés comme des dattes, à me regarder faire. A croire qu’ils jamais vu de feu de leur vie.

– C’est à vous que je parle, Madame. Pourquoi brûlez-vous ces papiers ?

– Pour m’en débarrasser, sapristi ! J’en avais deux sacs pleins, si gros que je ne pouvais plus ni sortir ni rentrer chez moi.

– Et pourquoi les brûler ?

Lire la suite « Le feu de Madame Belhassem – 2 »

Le feu de Madame Belhassem

Par une belle matinée du mois de juin dernier, j’ai aperçu une femme qui brûlait des papiers sur le barbecue de l’espace vert situé entre les immeubles. Son geste m’a intrigué. Il m’a inspiré l’histoire que voici.

Photo : Sylvain Maresca

L’air du matin est frais et léger. Le printemps prend ses quartiers aux Charmilles comme ailleurs. Les pelouses accueillent les premiers badauds. Quelques chiens trottinent, l’air affairé, suivis par leurs maîtres, un sachet à la main pour parer à toute éventualité. La paix des beaux jours est de retour.

Madame Belhassem survient dans l’allée qui traverse l’esplanade. Elle est vêtue chaudement d’une ample robe aux motifs brodés, en partie couverte par un châle en laine pourpre dont les pompons tressautent au gré de ses pas. Un foulard moiré, tissé de fils d’or, couvre ses cheveux. De son visage, on ne remarque tout d’abord que ses yeux, d’un bleu intense, qui contrastent avec sa peau mate et son air méditerranéen. Elle s’avance très droite. Son menton projeté en avant confère à sa démarche une note altière qui commande le respect. Au bout de ses bras pendent deux gros sacs en plastique noir.

Lire la suite « Le feu de Madame Belhassem »