Ni trop ni trop peu

J’ai toujours aimé les romans-fleuves : L’Iliade et L’Odyssée d’Homère, Les Misérables de Victor Hugo, Guerre et Paix de Tolstoï, La Roue rouge de Soljenitsyne, Loin de Chandigarh de Tarun Tejpal… M’immerger dans ces histoires au long cours, les retrouver chaque soir avec ce mélange d’habitude et de curiosité, en venir à côtoyer les personnages comme si je les connaissais personnellement, être débordé, Lire la suite « Ni trop ni trop peu »

Dévisager

Reconnaissance faciale automatique dans un aéroport chinois. Illustration d’un article du site d’information LesObservateurs.ch 08.09.2017

Je l’aperçois au milieu des voyageurs qui montent dans le train. Son visage accroche aussitôt mon regard et m’interroge : « Je le connais, non ? Qui est-ce ? » A mesure qu’il progresse vers le fond de la voiture, ses yeux flottants tombent sur moi. Je sens qu’il ralentit légèrement le pas pour se donner le temps de me détailler, sans toutefois laisser transparaître Lire la suite « Dévisager »

A la frontière des mondes

Photo : Sylvain Maresca

« A deux heures, il regarda par la fenêtre et aperçut un gros chat noir, installé sur la rambarde du balcon, qui regardait à l’intérieur de la pièce. Par ennui, Hoshino lui adressa la parole.
– Hé, le matou ! Belle journée, non ?
– En effet, monsieur Hoshino, répondit le chat.
– Alors là, je suis scié, dit le jeune homme en secouant la tête. (…)
– Il n’y a pourtant pas de quoi, monsieur Hoshino, répliqua le chat d’un air las.
Avec sa tête plutôt large, il paraissait assez âgé. (…)
-Mais comment se fait-il que tu parles le langage humain ?
– Je ne parle pas humain.
– Je ne te suis pas. Comment pouvons-nous avoir cette conversation, alors ? Tu es un chat et moi un humain, non ?
– Nous sommes à la frontière des mondes et nous parlons un langage commun, c’est tout. »
(Haruki Murakami, Kafka sur le rivage, Paris, Belfond, 2006, p. 571 et 591 – traduit du japonais par Corinne Atlan)

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Komorebi

« Komorebi : ce mot japonais désigne la lumière du soleil qui filtre à travers les feuilles des arbres.
Ici, c’est cette lumière intérieure qui traverse les fêlures : car c’est aux frontières de l’art que l’on trouve parmi les plus belles représentations de mondes intérieurs. »
(Extrait de la présentation de l’exposition au Lieu Unique de Nantes)

La poésie de ce mot japonais m’enchante : elle va puiser dans les délices de la nature une métaphore pour évoquer les replis les plus obscurs de l’esprit humain. En Lire la suite « Komorebi »