J’y pense déjà

Je la verrai dans un mois, mais j’y pense déjà. Je prépare mon entrée en matière, je cherche les premiers mots que je vais lui dire. Je redoute son accueil, je ne suis pas sûr qu’elle comprendra ma démarche, mon insistance à revenir la voir après une si longue absence. Nous ne sommes pas intimes, c’est délicat. Elle a accepté le rendez-vous, mais sait-elle ce que je lui veux ? Elle doit s’interroger. Je ne voudrais pas l’indisposer, la mettre dans l’embarras. Si elle se sent obligée de m’écouter, ne serait-ce que par politesse, son attention sera de pure convenance. Ai-je bien fait d’insister pour la voir ?

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Au fond du puits

Photo : Sylvain Maresca

Voici quelques vers d’Anne Sylvestre pour compléter mon billet précédent
sur le souvenir de l’enfance :

« L’enfant qui pleure au fond du puits
Sans qu’on veuille l’entendre
L’enfant qui pleure avait promis
De garder le cœur tendre
(…)
L’enfant qui pleure au fond du puits
A rêvé des merveilles
Pour ne pas l’entendre moi je fuis
Me bouchant les oreilles
(…)
L’enfant qui pleure au fond du puits
Possédait les nuages
Se tressait des nattes de pluie
Pour ses dimanches sages
(…)
Nous avons chacun notre puits
Où meurt un enfant tendre
Nous l’entendons pleurer la nuit
Sans jamais bien comprendre »

Écouter l’intégralité de la chanson.

La sagesse des orties

« Les orties continueront à pousser, même si je les arrache cent fois, et elles me survivront. Elles ont tellement plus de temps que moi. »
(Marlen Haushofer, Le mur invisible, Arles, Actes Sud, collection Babel, 1992, traduit de l’allemand par Liselotte Bodo et Jacqueline Chambon, p.215)

Cette belle citation me fait penser à la réflexion lucide du paléontologue Stephen Jay Gould qui nous rappelait que, si l’humanité venait à disparaître, les fourmis ne se seraient même pas rendu compte de son existence.

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