Printemps

(…)

C’est le printemps viens-t’en Pâquette
Te promener au bois joli
Les poules dans la cour caquètent
L’aube au ciel fait de roses plis
L’amour chemine à ta conquête

Mars et Vénus sont revenus
Ils s’embrassent à bouches folles
Devant des sites ingénus
Où sous les roses qui feuillolent
De beaux dieux roses dansent nus

Viens ma tendresse est la régente
De la floraison qui paraît
La nature est belle et touchante
Pan sifflote dans la forêt
Les grenouilles humides chantent

(…)

L’hiver est mort tout enneigé
On a brûlé les ruches blanches
Dans les jardins et les vergers
Les oiseaux chantent sur les branches,
Le printemps clair l’avril léger

Mort d’immortels argyraspides
La neige aux boucliers d’argent
Fuit les dendrophores livides
Du printemps cher aux pauvres gens
Qui resourient les yeux humides

(…)

Apollinaire, La Chanson du mal aimé

Images : Sylvain Maresca

Personnages à la dérive

 

   

 

« Mon verre était vide, je me dirigeais donc une fois de plus vers le bar. Même englouti par une foule suffisamment épaisse pour ralentir ma progression, je ne pouvais me défaire de la sensation que Billy [le fils du narrateur] épiait chacun de mes mouvements. Il voulait me demander quelque chose. Je savais ce que c’était ; c’était très simple. Il voulait rentrer avec moi ce soir. Dans mon appartement. Rien que nous deux. Pour se réveiller au matin et poursuivre ce que nous aurions commencé la veille au soir. Juste être avec moi, sans personne autour de nous, pour une fois. Rien que nous deux.
Je savais ce qu’il voulait, ce n’était pas nouveau. Mais je savais également, parce que je me connaissais, que je trouverais sans aucun doute un moyen de l’empêcher de rentrer avec moi ce soir.
Cela n’avait rien à voir avec l’amour. J’aimais Billy, mais j’étais incapable de l’aimer en privé, quand nous n’étions rien que tous les deux.
C’était une autre de mes maladies. Je ne sais pas comment l’appeler. Fuite devant l’intimité. Fuite à tout prix devant toute forme d’intimité. Avec qui que ce fût. »
(Steve Tesich, Karoo, Toulouse, Monsieur Toussaint Louverture, 2012, p. 17-18 – traduit de l’américain par Anne Wicke. Merci à Ronan de me l’avoir fait découvrir)

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Un monde sans théâtre

L’initiative de cette manifestation revient à l’association des écrivains associés du théâtre des Pays de la Loire (EAT Atlantique). Pour ce projet collectif, la consigne était d’écrire chacun une scène sur le même thème : Un monde sans théâtre.

Trois soirées de représentation permettront au public de découvrir la diversité des textes écrits, interprétés, lus ou mis en scène par des troupes amateurs et quelques-uns des auteurs, également acteurs professionnels.

Rendez-vous à la Salle Vasse,
18 rue Colbert à Nantes,
les 23, 24 et 25 avril à partir de 20 h 30.

Rêver

Photo : Sylvain Maresca

Laissons-nous emporter par les rêves lorsque le temps est venu. C’est toujours après : après l’effort, la fatigue, l’accablement ; après le sursaut, l’obstination, l’acharnement ; après les raisonnements, les rappels à l’ordre, les mises en demeure. Ça vient dans un glissement, une forme d’effacement, lorsque les contours s’estompent jusqu’à devenir cotonneux, sourds, épais. Le silence en constitue le préalable. On plonge Lire la suite « Rêver »

Komorebi – 2

A la Maison de Victor Hugo à Paris se tient encore pour quelques jours une exposition intitulée La folie en tête, avec pour sous-titre : Aux racines de l’art brut. Elle présente les premières collections d’œuvres de personnes internées dans des asiles, à l’initiative souvent personnelle de quatre psychiatres européens pionniers dans une approche plus ouverte de la folie et de ses productions. Son rapport avec Victor Hugo ? Son frère Eugène et sa fille Adèle furent internés. Lire la suite « Komorebi – 2 »

Fracas

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Dynamitage des barres Ravel et Pressov de la Cité des 2000 à La Courneuve, 23 juin 2004

Ils ont décidé de raser le quartier. Ils vident les immeubles les uns après les autres, puis les démolissent. Les bulldozers rugissent du matin jusqu’à soir pour déblayer les gravats.

Lorsque la tour d’en face s’est écroulée sous la poussée des explosifs, j’étais assis dans la cuisine en compagnie de mon grand-père. Nous épluchions des haricots verts en silence. Lire la suite « Fracas »

Ni trop ni trop peu

J’ai toujours aimé les romans-fleuves : L’Iliade et L’Odyssée d’Homère, Les Misérables de Victor Hugo, Guerre et Paix de Tolstoï, La Roue rouge de Soljenitsyne, Loin de Chandigarh de Tarun Tejpal… M’immerger dans ces histoires au long cours, les retrouver chaque soir avec ce mélange d’habitude et de curiosité, en venir à côtoyer les personnages comme si je les connaissais personnellement, être débordé, Lire la suite « Ni trop ni trop peu »