Isoler, isoler…

Photographie : Sylvain Maresca

Pour préserver l’avenir de la planète, réduire le gaspillage d’énergie, on nous encourage à isoler nos habitations. Calfeutrer nos fenêtres, doubler les épaisseurs sous nos toits, glisser des molletons sous nos portes, changer nos chaudières, réguler notre chauffage pièce par pièce, heure par heure, porter des vêtements chauds… L’horizon idéal devient la maison autosuffisante, qui ne consomme quasiment plus Lire la suite « Isoler, isoler… »

Dimanche

Photo : Sylvain Maresca

Il arrête sa mobylette sous les tilleuls, juste en face de l’église. Hors de la sacoche droite pointent les deux moitiés de la baguette qu’il était parti acheter, une « grosse » comme on dit ici, un pain c’est-à-dire. Il enlève son casque qu’il emboîte sur l’extrémité de la selle, où il le laissera. Puis, cependant qu’il lisse ses cheveux qui se font rares, il plonge son autre main dans la sacoche gauche et en sort une casquette grise. D’un seul enchaînement coulé, le dernier passage de ses doigts sur le crâne s’efface devant le couvre-chef qui s’y cale d’instinct.

Ainsi paré, il abandonne sa mobylette et se dirige vers le café. C’est dimanche.

La tentation du vide

Photo : Sylvain Maresca

Tu tournes le dos à ce que tu as aimé, à ce qui t’a occupé pendant des années. Il suffit d’une décision pour que s’efface l’horizon de tes habitudes ainsi que la gamme des intérêts qui t’attachaient à cette routine.

Le motif de l’abandon t’a façonné dès l’origine. La vie donne, puis reprend. Tu reçois, puis tu perds ce que tu croyais t’appartenir. Un doute s’installe en toi, une incertitude qui vire au détachement. Lire la suite « La tentation du vide »

L’art de la chute

« GALOPIN. – Madame, on a servi sur table.
DORANTE. – Ah ! voilà justement ce qu’il faut pour le dénouement que nous cherchions ; et l’on ne peut rien trouver de plus naturel. On disputera fort et ferme de part et d’autre, comme nous l’avons fait, sans que personne se rende ; un petit laquais viendra dire qu’on a servi ; on se lèvera ; et chacun ira souper.

URANIE. – La comédie ne peut pas mieux finir, et nous ferons bien d’en demeurer là.
                                   Fin »

Molière, La Critique de l’École des femmes (1663), Paris, Garnier Flammarion, 2011, pp. 181-182.

J’adore la façon on ne peut plus simple, légère et désinvolte avec laquelle Molière met un terme, qu’on devine provisoire, au texte par lequel lui-même déclenche sciemment la polémique autour de sa pièce L’École des femmes. Manière de dire : je pourrais continuer à alimenter le débat, à enchaîner les réparties spirituelles, à prévoir celles que vous allez vous-mêmes lancer autour de mon texte, mais je préfère couper court et m’en remettre à un laquais pour sonner la fin du bal. Qu’on ne cherche pas de raison, seul mon arbitraire prévaut en la matière.

Mowgli 2.0

Aperçu du jeu vidéo « Adventures of Mowgli »

Une touffe de cheveux aussi dense qu’un fourré tropical, un désordre de mèches épaisses et noires qui doublent le volume de son crâne. Dessous, la peau est mate et sombre, le visage, encore enfantin, évoque une origine bengali ou birmane. Ses yeux ont la fixité et la tension du chasseur à l’affût. Pourtant, la seule note d’exotisme chez ce garçon qui attend le bus, provient du remake du Livre de la jungle qui concentre son attention sur l’écran de son téléphone portable. La jungle, désormais, est urbaine et virtuelle.