On ne quitte pas l’enfance

« On ne quitte pas l’enfance, on la serre au fond de soi. On ne s’en détache pas, on la refoule. Ce n’est pas un processus d’amélioration qui achemine vers l’adulte, mais la lente sédimentation d’une croûte autour d’un état sensible qui posera toujours le principe de ce que l’on est. »
Patrick Chamoiseau, Antan d’enfance, Paris, Hatier, 1990, p. 78.

On ne quitte pas l’enfance… Elle me paraît pourtant si loin et surtout si terne et grise, comme un long tunnel dont je n’apercevais pas l’issue. J’envie les gens qui parlent de leur enfance avec des yeux éblouis, les ravis de l’enfance, ceux-là mêmes dont on dit parfois qu’ils ne l’ont jamais quittée, qu’ils ont gardé leur « âme d’enfant ». Les poètes en seraient ainsi que beaucoup d’artistes.

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Les airs du temps

En entendant les hommages unanimes rendus à Charles Aznavour à la suite de son décès, j’ai réalisé que je ne l’avais jamais écouté. Bien sûr, comme tout le monde, je connais l’air de quelques-unes de ses chansons les plus célèbres, mais rien de plus. Enfant, dans les années soixante, son nom ne me disait rien. Il fallut la rencontre dans une maison de repos – je devais avoir dix ans – avec une jeune fille qui ne jurait que par Aznavour pour apprendre son existence et entendre un de ses titres. Découverte sans lendemain : je préférai bientôt Claude François et les Beatles.

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La clé est restée sur la porte

Photo : Sylvain Maresca

« Autrefois, personne ne fermait jamais les portes à clé dans toute la ville de Tchoudov. Quand quelqu’un se construisait une maison (…), après la bénédiction de son logis, il remettait la clé à l’église pour l’éternité. De part et d’autre de l’autel étaient accrochées des clés forgées en 1584, avec des dates et des noms gravés qui appartenaient à des familles portant aujourd’hui encore ces noms mentionnés pour la première fois dans des registres paroissiaux de l’époque d’Ivan le Terrible. Il y avait une multitude de clés toutes neuves, étincelantes, et encore davantage de clés noircies par le temps suspendues à des clous dont le mur était criblé depuis le sol jusqu’au plafond ‘Le diable ne se laisse pas arrêter par nos serrures ! disait le prêtre Dmitri Okhotnikov. Et le Seigneur, lui, ne se laisse pas arrêter par le diable !’ »
(Iouri Bouïda, La mouette au sang bleu, Paris, Gallimard, 2015, pp. 48-49 – traduit du russe par Sophie Benech).

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Mon canal historique

Les attentats du 13 novembre ont porté l’attention « du monde entier », pour reprendre la vulgate des médias, sur les abords du canal Saint-Martin. J’ai découvert ainsi que ce quartier devenu à la mode était fréquenté par toute une jeunesse parisienne avide de trouver un contenu culturel et des échanges humains dans une ambiance de « village », à la fois sophistiquée et populaire. Passé le premier étonnement, je me suis demandé comment on en était arrivé là, avec même, je le concède, une pointe d’indignation, celle d’un ancien habitant qui s’offusquerait : « Qu’ont-ils fait de mon quartier ? »

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