Ils fuiront

Photo : Nebojsa Mladjenovic, 1281 Le Déluge 3

Ils fuiront le temps comme on fuit la grêle,
l’injustice ou les rages de dents.
Ils n’auront rien vu venir,
aucune annonce, aucun tremblement.
L’urgence les prendra de court,
elle était inconcevable.
À notre époque, pensez-vous,
comment est-ce possible ?
N’avaient-ils pas tous les instruments,
les dispositifs, les protocoles ?
Les technologies, les innovations,
les algorithmes, les modélisations,
les théories du chaos, des jeux, du hasard ?
Rien n’aurait dû les surprendre.
Mais qui commande à la grêle ?
Qui commande au temps
lorsque l’heure est venue de l’imminence,
du basculement,
du vertige et des secousses,
des fissures, des failles,
des gouffres et du ruissellement ?
Qui commande au temps
lorsqu’il s’affranchit de nos horloges,
lorsqu’il s’emballe et nous précipite ?
Qui commande au temps
lorsqu’il n’est plus temps de commander ?
Ce jour-là, ils tenteront encore de fuir,
comme ils l’ont toujours fait
devant l’adversité.
Esquiver, repousser, attendre.
Sauf que le temps s’impatiente,
il n’a plus de réserves
et le voilà qui égrène les secondes,
les ultimes secondes
avant le déluge.

Métamorphose

Cadran solaire afghan, Musée Guimet, Paris
Cadran solaire afghan, Musée Guimet, Paris

Nous découpons dans le temps comme nous trancherions un gâteau pour y délimiter des unités qui rythment notre existence. Ainsi faisons-nous le temps discontinu, de seconde en seconde, en minutes, en heures, selon le battement régulier de l’horloge qui pourtant nous angoisse par son rappel obstiné. Nous retournons des sabliers pour mesurer des tranches de temps à notre convenance. Nous disposons désormais de toutes sortes de minuteries, de chronomètres qui nous procurent l’illusion de maîtriser cette substance sans matière ni durée. Nous campons sur le fuyant avec la certitude de chefs de gare.

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Intempérie

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A-t-elle la notion du temps la pluie lorsqu’elle s’abat sur la terre ? Qu’elle éclabousse le paysage, accable l’herbe des prairies, dévale les chemins, noie les fossés jusqu’aux caves des maisons en contrebas ? A-t-elle seulement conscience des impératifs de la vie humaine lorsqu’elle déploie son rideau aussi opaque que le meilleur coton et déclenche à l’aveugle l’assaut de ses gouttelettes, mitraille tambourinante et insaisissable ? Lire la suite « Intempérie »