La générosité

Jean-Léon Gérôme, Le mendiant aveugle, vers 1900

Mon père « me surprit un jour à compter ma monnaie avant de la tendre à un mendiant. ‘La prochaine fois, sois plus discret, dit-il. Donne comme si tu prenais.’ Je mis longtemps à comprendre cette leçon. Si nous croisions des ouvriers ou des balayeurs en train de déjeuner et qu’ils nous invitaient à nous joindre à eux, comme c’est la coutume [au Caire] – ce qui signifie qu’ils ne s’attendaient pas à ce qu’on les exauce -, Père, vêtu de ses beaux habits, s’asseyait par terre parmi ces hommes, et, si je n’étais pas assez prompt à l’imiter, il me lançait : ‘Viens là, un honnête repas peut nourrir une centaine d’hommes.’ Lire la suite « La générosité »

La leçon d’allemand

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Encore un livre impressionnant de densité et d’épaisseur. Bien que l’essentiel de l’histoire se déroule à la fin de la guerre dans l’extrême Nord de l’Allemagne, aux confins du Danemark, elle pèse moins lourd que les paysages mouvants de la mer du Nord, l’environnement matériel des personnages, la matière des lieux et des choses. C’est un roman ancré sur des personnages à la dérive.

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Enfance

« Un accordéon jouait, un rire de femme éclatait, un sabre traînait sur les briques du trottoir, un chien hurlait, mais tous ces bruits inutiles n’étaient que les dernières feuilles du jour fané qui tombaient. »

Cette citation est extraite du récit autobiographique Enfance qui assura la gloire de l’écrivain russe Maxime Gorki. Écrit en 1914, ce premier volume fut suivi deux ans plus tard par En gagnant mon pain. Le cycle s’acheva par Mes universités, paru en 1923. Lire la suite « Enfance »

Les palpitations du silence

Après Un jour je reviendrai, Des lézards dans le ravin est le second roman que je lis de l’auteur espagnol Juan Marsé.

On y retrouve l’ambiance lourde et nécessiteuse des quartiers populaires de Barcelone au début des années 1960 quand la dictature franquiste a fermement établi son pouvoir, douché tout espoir de rétablir la République et plongé ses opposants dans une apathie calculée, une dépression lancinante, voire une marginalité qui tutoie parfois la délinquance. Lire la suite « Les palpitations du silence »