
Les urbanistes des années 1960 ne sont pas les seuls à avoir planifié l’entassement de populations entières dans des structures d’habitation aussi monumentales qu’impersonnelles. Certains animaux ne sont pas en reste.
On pense bien sûr aux fourmilières industrieuses, aux ruches bourdonnantes, sans parler du gigantisme des termitières.
Un nouvel exemple de cette architecture de masse nous vient d’Asie. Non pas sous la forme des gratte-ciel conquérants de Shanghaï ou de Singapour, mais dans la prolifération des nids de frelons asiatiques. Accrochés au sommet des arbres, patiemment construits à base de cellulose mâchée, aux contours faussement bâclés, en réalité structurés selon un sens infaillible de la géométrie, répétition ad libitum du motif de la cellule hexagonale, ce sont des cités-dortoirs qu’aucun architecte n’aurait osé construire chez nous pour résoudre la crise du logement. Et comble du labeur sans retenue, ce chef-d’œuvre d’habitat collectif est abandonné aux quatre vents sitôt l’hiver venu.
Ses habitants, les survivants, se sont dispersés, puis enfouis dans des recoins à l’abri du froid, prêts à resurgir dès les premiers rayons du printemps, programmés pour reconstruire, saison après saison, ces vaisseaux amiraux sans avenir, fonctionnels le temps d’une saison, puis abandonnés sans regret, carcasses vides d’un génie constructeur inlassable, répétitif, implacable.