Rêver

Photo : Sylvain Maresca

Laissons-nous emporter par les rêves lorsque le temps est venu. C’est toujours après : après l’effort, la fatigue, l’accablement ; après le sursaut, l’obstination, l’acharnement ; après les raisonnements, les rappels à l’ordre, les mises en demeure. Ça vient dans un glissement, une forme d’effacement, lorsque les contours s’estompent jusqu’à devenir cotonneux, sourds, épais. Le silence en constitue le préalable. On plonge Lire la suite « Rêver »

Komorebi – 2

A la Maison de Victor Hugo à Paris se tient encore pour quelques jours une exposition intitulée La folie en tête, avec pour sous-titre : Aux racines de l’art brut. Elle présente les premières collections d’œuvres de personnes internées dans des asiles, à l’initiative souvent personnelle de quatre psychiatres européens pionniers dans une approche plus ouverte de la folie et de ses productions. Son rapport avec Victor Hugo ? Son frère Eugène et sa fille Adèle furent internés. Lire la suite « Komorebi – 2 »

Fracas

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Dynamitage des barres Ravel et Pressov de la Cité des 2000 à La Courneuve, 23 juin 2004

Ils ont décidé de raser le quartier. Ils vident les immeubles les uns après les autres, puis les démolissent. Les bulldozers rugissent du matin jusqu’à soir pour déblayer les gravats.

Lorsque la tour d’en face s’est écroulée sous la poussée des explosifs, j’étais assis dans la cuisine en compagnie de mon grand-père. Nous épluchions des haricots verts en silence. Lire la suite « Fracas »

Ni trop ni trop peu

J’ai toujours aimé les romans-fleuves : L’Iliade et L’Odyssée d’Homère, Les Misérables de Victor Hugo, Guerre et Paix de Tolstoï, La Roue rouge de Soljenitsyne, Loin de Chandigarh de Tarun Tejpal… M’immerger dans ces histoires au long cours, les retrouver chaque soir avec ce mélange d’habitude et de curiosité, en venir à côtoyer les personnages comme si je les connaissais personnellement, être débordé, Lire la suite « Ni trop ni trop peu »

Dévisager

Reconnaissance faciale automatique dans un aéroport chinois. Illustration d’un article du site d’information LesObservateurs.ch 08.09.2017

Je l’aperçois au milieu des voyageurs qui montent dans le train. Son visage accroche aussitôt mon regard et m’interroge : « Je le connais, non ? Qui est-ce ? » A mesure qu’il progresse vers le fond de la voiture, ses yeux flottants tombent sur moi. Je sens qu’il ralentit légèrement le pas pour se donner le temps de me détailler, sans toutefois laisser transparaître Lire la suite « Dévisager »

A la frontière des mondes

Photo : Sylvain Maresca

« A deux heures, il regarda par la fenêtre et aperçut un gros chat noir, installé sur la rambarde du balcon, qui regardait à l’intérieur de la pièce. Par ennui, Hoshino lui adressa la parole.
– Hé, le matou ! Belle journée, non ?
– En effet, monsieur Hoshino, répondit le chat.
– Alors là, je suis scié, dit le jeune homme en secouant la tête. (…)
– Il n’y a pourtant pas de quoi, monsieur Hoshino, répliqua le chat d’un air las.
Avec sa tête plutôt large, il paraissait assez âgé. (…)
-Mais comment se fait-il que tu parles le langage humain ?
– Je ne parle pas humain.
– Je ne te suis pas. Comment pouvons-nous avoir cette conversation, alors ? Tu es un chat et moi un humain, non ?
– Nous sommes à la frontière des mondes et nous parlons un langage commun, c’est tout. »
(Haruki Murakami, Kafka sur le rivage, Paris, Belfond, 2006, p. 571 et 591 – traduit du japonais par Corinne Atlan)

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