Le bruissement de l’Histoire

C’est un roman sans personnages, sans intrigue non plus sinon le déroulement de faits avérés par les chroniques. Un roman qui restitue ce qu’ont vécu des centaines de femmes concernées par le même destin, des Japonaises émigrées aux États-Unis au début du vingtième siècle pour se marier avec des hommes qu’elles n’avaient jamais vus. Ce court roman retrace leur parcours depuis la traversée de l’Océan Pacifique jusqu’à leur mise au ban de la société américaine après l’attaque de Pearl Harbour.

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Retraite/Jubilation ?

Screenshot-2017-9-25 jubilacion chez DuckDuckGo
Traduction : « Comment ça va ta retraite ? Comme sur des roulettes. » Sur l’étiquette : « Hors service ». Sur la pancarte : « Déchets ». (capture d’écran du site : http://www.empresadata.com/blog/2013/la-jubilacion-de-los-trabajadores-autonomos)

Qu’est-ce que cesser de travailler quand est venu l’âge de la retraite ?

Se retirer sur la pointe des pieds, gauchement, comme si l’on n’était pas sûr d’y avoir droit ou même de se l’autoriser ?

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La clé est restée sur la porte

Photo : Sylvain Maresca

« Autrefois, personne ne fermait jamais les portes à clé dans toute la ville de Tchoudov. Quand quelqu’un se construisait une maison (…), après la bénédiction de son logis, il remettait la clé à l’église pour l’éternité. De part et d’autre de l’autel étaient accrochées des clés forgées en 1584, avec des dates et des noms gravés qui appartenaient à des familles portant aujourd’hui encore ces noms mentionnés pour la première fois dans des registres paroissiaux de l’époque d’Ivan le Terrible. Il y avait une multitude de clés toutes neuves, étincelantes, et encore davantage de clés noircies par le temps suspendues à des clous dont le mur était criblé depuis le sol jusqu’au plafond ‘Le diable ne se laisse pas arrêter par nos serrures ! disait le prêtre Dmitri Okhotnikov. Et le Seigneur, lui, ne se laisse pas arrêter par le diable !’ »
(Iouri Bouïda, La mouette au sang bleu, Paris, Gallimard, 2015, pp. 48-49 – traduit du russe par Sophie Benech).

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Torpeur

Photo : Sylvain Maresca

La chaleur couve les murs de la maison. Des coups de poing de lumière frappent les volets de la fenêtre. Une mouche qui s’échine à s’échapper dans les rais de lumière agite la poussière ambiante. Le calme de la sieste est trompeur : tout semble assoupi alors que rien ni personne ne dort. Le parquet craque sous les pieds usés du lit, une armée invisible le ronge du dessous. Des crissements dans la paille du matelas répercutent cette agitation vorace, dévastatrice, qui, tôt ou tard, réduira les meubles en poussière.

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Pense aux autres

« Quand tu prends ton petit déjeuner, pense aux autres.
N’oublie pas le grain aux colombes. »

The Living of the Pigeons – Baha Abu Shanab – 2015

Ces vers sont du poète palestinien Mahmoud Darwish. Je les ai découverts dans le générique de fin du court métrage La vie des pigeons de Baha Abu Shanab, qui décrit la dure attente, chaque matin, des travailleurs palestiniens au poste de contrôle entre Bethléem et Jérusalem. Pour s’assurer de pouvoir gagner le pain de leur famille au prix d’une journée de travail en Israël, ils doivent se lever à 1 h ou 2 h du matin pour commencer à faire la queue dès 4 h.

Dans ce contexte inhumain, le précepte du poète « Pense aux autres » revêt une  humanité confondante. Qui sont les « autres » pour les malheureux habitants des territoires occupés ?