Série estivale – 6

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Saison 1, 6/6

Parc
Photo : Dodo Donatella

Lorsqu’elle revient chez elle, fière de son offensive éclair, Madame Lignières du Val découvre devant le perron un vieil homme aux cheveux en bataille qui semble ne pas savoir ce qu’il fait là. « Qui c’est encore celui-là ? », s’énerve-t-elle intérieurement. Son fief semble être devenu le rendez-vous des inconnus ces temps-ci.

– Vous cherchez quelque chose ?
– Quelqu’un plutôt. Quelques-uns même.
– Auriez-vous l’obligeance d’être plus clair ?
– Veuillez me pardonner. Anselme Lagarde, colonel en retraite du 1er régiment d’artillerie légère parachutiste, pour vous servir.
– Très bien, colonel. Que venez-vous faire chez moi ?
– Je voudrais voir Alvaro… et le petit. Parce qu’il est ici, n’est-ce pas ?
– Le petit ?
– Oui, le gamin qu’Alvaro m’a amené avant-hier, un môme super intelligent avec des cheveux de fille. Il s’est enfui de chez moi et depuis je me fais du mouron. Il n’est pas chez vous ?

Madame Lignières du Val le considère avec circonspection, se demandant combien de personnes sont impliquées dans cette affaire. Un vieux para mangé aux mites, qui d’autre encore ?

Mais voilà qu’arrivent Alvaro et Camille, attirés par les bruits de la voiture et de la conversation.

– Anselme !

Camille court se jeter dans les bras du para gâteux, qui rougit de confusion. Alvaro le salue également avec joie. « On dirait les Pieds nickelés inter-âges », songe Madame avec amusement. Puis elle décrète :

– Rentrons. Vous me allez tout me raconter depuis le début, car j’ai besoin d’éclaircissements.

°°°

Le Préfet a fait le nécessaire, en sous-main bien évidemment, afin que rien ne filtre sur cet arrangement hors-norme. On n’a plus eu de nouvelles du père de Camille. Inhabitée sauf par quelques ragondins, la péniche moisit doucement. Tandis qu’une véritable vie de famille s’est installée au château, qui n’avait pas connu une telle agitation depuis fort longtemps. Une famille à quatre dans laquelle Camille a trouvé une mère, un père et un grand-père d’adoption. Car Anselme s’est installé au château à demeure pour échapper au projet de ses enfants de le placer dans une maison de retraite – projet destiné surtout à récupérer sa maison et le vaste terrain qui l’entoure. Il n’est pas venu seul : ses cinq chats l’ont suivi et font partie désormais des commensaux attitrés du domaine.

Camille a changé d’école. Il parle anglais avec Madame, le soir au dîner, comme de véritables châtelains. Cependant que, dès qu’ils en ont le loisir, Alvaro et Anselme conçoivent de nouvelles machines destinées à agrémenter le parc. Ils ont même le projet de l’ouvrir un jour prochain aux visiteurs. Le château a un besoin urgent de réparations.

°°°

Un matin que Camille piste un lièvre qu’il a surpris au milieu de la pelouse, il s’enfonce dans des taillis touffus où il ne s’est jamais aventuré. L’animal se glisse dessous, l’enfant l’y suit avec difficulté, s’écorchant aux branches qui lui griffent le visage. C’est ainsi qu’il débouche dans une petite clairière au milieu de laquelle se dresse une stèle en pierre portant une simple inscription : « Félix 2002-2010 ». Les larmes submergent Camille qui tombe à genoux devant cette sépulture secrète. Remplacera-t-il jamais ce fils perdu et sa propre mère disparue ?

FIN

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