Le boa et autres fadaises

Depuis deux jours, un boa constrictor s’efforce péniblement d’engloutir un parapluie sur le haut du buffet. Deux baleines dépassent encore de sa gueule écartelée.

– Un boa qui dévore des baleines ? C’est impossible !
– Les baleines du parapluie, butor !
– Parce que je suis un oiseau à présent ? Vous avez décidément un problème avec les animaux.
– Avec les ânes bâtés comme vous, oui, qui ne comprennent rien à rien.
– Vous me prenez pour une bête, en somme.
– Une bête de somme, assurément.
– Le chien aboie, la caravane passe.
– Vous ricanez comme une hyène de pacotille.
– Vous aurez beau convoquer toute votre ménagerie, vous ne ferez pas avaler qu’un boa puisse gober deux baleines.
– De parapluie, nom d’un chien ! Vous pouvez entrer cela dans votre tête de piaf !
– Inutile d’ouvrir votre parapluie. Vous avez parlé de baleines, point barre.
– Vous êtes vraiment têtu comme une mule.
– Je m’en tiens aux faits, voilà tout.
– Vous renâclez au simple mot de « baleine » comme un cheval devant l’obstacle.
– Les mots ont un sens.
– Plusieurs, cervelle de moineau. Plusieurs.
– Comment s’y retrouver, dans ces conditions ?
– Il vous faudrait pour cela avoir le flair d’un limier, l’intelligence du renard, la souplesse du serpent. Tiens, à propos de serpent, il en est où notre boa ?

Sur le buffet repose paisiblement un grand corps mou hérissé par endroit de quelques pointes récalcitrantes. Le boa dort, repu, sans se soucier le moins du monde de l’issue du débat qu’a soulevé le menu de son dîner.

Je remercie les amateurs de la Compagnie Moradi pour la phrase dont je me suis inspiré pour entamer ce récit.

3 réflexions sur “Le boa et autres fadaises

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