Lumières d’en bas

Je l’ai déjà dit, j’ai toujours été fasciné par les jeux de lumière projetés par les vitraux des églises.

Ce qui frappe au premier abord lorsqu’on pénètre dans Notre-Dame reconstruite, rénovée et, pour tout dire, réinventée, c’est la clarté qui inonde l’ensemble, à l’unisson de la pierre restaurée dans sa blondeur d’origine. Tout est lumineux. Aucune zone d’ombre, aucun recoin obscur. L’or brille, le pavement reluit, le bois du mobilier déploie ses nuances chaudes depuis les chaises jusqu’à l’orgue majestueux.

Tout en haut, les vitraux ont retrouvé leurs couleurs d’origine, vives et chatoyantes, mais, paradoxalement, ils ne constituent plus l’ornement majeur de la cathédrale. Certes, les grandes rosaces demeurent spectaculaires. Les visiteurs font halte pour les contempler. Mais à peine plus longtemps que les peintures des chapelles latérales ou les nouveaux ornements conçus pour l’autel ou le déambulatoire.

Car la lumière règne partout. A l’intérieur de l’église, la clarté ne dépend plus de la lumière qui filtre à travers les vitraux. L’état du ciel, ses humeurs changeantes, n’ont plus d’incidence sur l’éclairage intérieur de la nef. La lumière divine – cardinale dans la conception des cathédrales gothiques – est devenue accessoire. L’éclairage vient désormais d’en-bas, de ces innombrables projecteurs, barres lumineuses et autres leds disposés avec autant d’efficacité que de discrétion. Les concepteurs lumière et les  électriciens ont supplanté la fragile et inconstante économie de la lumière atmosphérique. L’Homme a supplanté Dieu.

C’est beau comme un joyau dans une vitrine, spectaculaire comme la mise en valeur de trésors exhumés. Trop peut-être ?

Il manque une part d’ombre et de mystère, l’alternance entre la pâleur du matin et l’éclat du midi, entre les rayons du soleil selon qu’il balaient l’édifice d’est en ouest, selon qu’il fusent d’un ciel d’hiver ou d’un crépuscule d’été. Verra-t-on toujours Notre-Dame sous cet éclairage constant, déversé à profusion ? Péché d’orgueil, fulmineraient les gardiens de la foi. Notre-Dame resplendit de nouveau, mais de quelle lumière ?

Photos : Sylvain Maresca

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