Ils fuiront

Photo : Nebojsa Mladjenovic, 1281 Le Déluge 3

Ils fuiront le temps comme on fuit la grêle,
l’injustice ou les rages de dents.
Ils n’auront rien vu venir,
aucune annonce, aucun tremblement.
L’urgence les prendra de court,
elle était inconcevable.
À notre époque, pensez-vous,
comment est-ce possible ?
N’avaient-ils pas tous les instruments,
les dispositifs, les protocoles ?
Les technologies, les innovations,
les algorithmes, les modélisations,
les théories du chaos, des jeux, du hasard ?
Rien n’aurait dû les surprendre.
Mais qui commande à la grêle ?
Qui commande au temps
lorsque l’heure est venue de l’imminence,
du basculement,
du vertige et des secousses,
des fissures, des failles,
des gouffres et du ruissellement ?
Qui commande au temps
lorsqu’il s’affranchit de nos horloges,
lorsqu’il s’emballe et nous précipite ?
Qui commande au temps
lorsqu’il n’est plus temps de commander ?
Ce jour-là, ils tenteront encore de fuir,
comme ils l’ont toujours fait
devant l’adversité.
Esquiver, repousser, attendre.
Sauf que le temps s’impatiente,
il n’a plus de réserves
et le voilà qui égrène les secondes,
les ultimes secondes
avant le déluge.

La magie du quotidien

Ce roman est l’œuvre d’Olga Tokarczuk qui reçut le prix Nobel de littérature en 2019.

Il nous plonge dans le quotidien d’un village polonais pendant une cinquantaine d’année à partir de 1914. On y suit une palette de personnages qui naissent, vivent et meurent – mais pas tous -, aux prises avec les soubresauts de la vie, dramatisés par les coups de butoir de deux guerres et d’une dictature politique.

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J’y pense déjà

Je la verrai dans un mois, mais j’y pense déjà. Je prépare mon entrée en matière, je cherche les premiers mots que je vais lui dire. Je redoute son accueil, je ne suis pas sûr qu’elle comprendra ma démarche, mon insistance à revenir la voir après une si longue absence. Nous ne sommes pas intimes, c’est délicat. Elle a accepté le rendez-vous, mais sait-elle ce que je lui veux ? Elle doit s’interroger. Je ne voudrais pas l’indisposer, la mettre dans l’embarras. Si elle se sent obligée de m’écouter, ne serait-ce que par politesse, son attention sera de pure convenance. Ai-je bien fait d’insister pour la voir ?

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