Le feu de Madame Belhassem – 3

Photo : Sylvain Maresca

Lorsque, le lendemain matin, on la ramène dans le bureau de l’inspecteur, Mme Belhassem a l’impression d’y être précédée par son odeur, un mélange de sueur et de tissu froissé qui la mortifie. Jamais elle ne s’est présentée à des inconnus dans un tel état d’abandon. Ses cheveux la grattent sous son fichu qu’elle n’a pas voulu enlever, même lorsqu’elle s’est retrouvée seule en cellule pour passer une nuit aussi blanche que la lumière insistante du néon fixé au plafond. Elle était persuadée qu’on surveillait ses moindres gestes. Par quel moyen, elle l’ignorait, mais elle en était sûre.

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Le feu de Madame Belhassem – 2

Photo : Sylvain Maresca

– Qu’est-ce que vous faites ?, demande le premier policier.

– A qui s’adresse votre question ? A moi ou à eux ?, l’interroge à son tour Mme Belhassem en désignant la foule des curieux. Car, personnellement, je n’ai toujours pas compris ce que font tous ces gens, agglutinés comme des dattes, à me regarder faire. A croire qu’ils jamais vu de feu de leur vie.

– C’est à vous que je parle, Madame. Pourquoi brûlez-vous ces papiers ?

– Pour m’en débarrasser, sapristi ! J’en avais deux sacs pleins, si gros que je ne pouvais plus ni sortir ni rentrer chez moi.

– Et pourquoi les brûler ?

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Le feu de Madame Belhassem

Par une belle matinée du mois de juin dernier, j’ai aperçu une femme qui brûlait des papiers sur le barbecue de l’espace vert situé entre les immeubles. Son geste m’a intrigué. Il m’a inspiré l’histoire que voici.

Photo : Sylvain Maresca

L’air du matin est frais et léger. Le printemps prend ses quartiers aux Charmilles comme ailleurs. Les pelouses accueillent les premiers badauds. Quelques chiens trottinent, l’air affairé, suivis par leurs maîtres, un sachet à la main pour parer à toute éventualité. La paix des beaux jours est de retour.

Madame Belhassem survient dans l’allée qui traverse l’esplanade. Elle est vêtue chaudement d’une ample robe aux motifs brodés, en partie couverte par un châle en laine pourpre dont les pompons tressautent au gré de ses pas. Un foulard moiré, tissé de fils d’or, couvre ses cheveux. De son visage, on ne remarque tout d’abord que ses yeux, d’un bleu intense, qui contrastent avec sa peau mate et son air méditerranéen. Elle s’avance très droite. Son menton projeté en avant confère à sa démarche une note altière qui commande le respect. Au bout de ses bras pendent deux gros sacs en plastique noir.

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L’attrait de la rivière

Ce texte est issu de la soirée d’improvisation littéraire à laquelle j’ai participé au Théâtre La Ruche, à Nantes, le 30 mai dernier.

On choisit trois auteurs et quelques comédiens (trois en l’occurrence). Alors que l’animateur présente les auteurs au public, ceux-ci sont isolés dans une autre salle pour écrire chacun un texte sur un thème commun, et ce pendant vingt minutes.
Le temps écoulé, ils rejoignent le public pour la lecture de leur texte, suivie avec attention par les comédiens. Ces derniers s’isolent pendant dix minutes pour préparer la mise en scène des textes, alors que le public est invité à imaginer lui-même comment les textes pourraient être adaptés pour la scène et engage un échange avec les auteurs sur leur façon d’écrire. Place ensuite à l’improvisation !

Il doit beaucoup aux trois comédiens, Jean-François Gascard, Rapahël Magnin et Mathéo Massa, qui ont improvisé à partir de mon premier jet. Leurs propositions ont enrichi cette nouvelle version. Je les en remercie.

Le thème imposé était : Le corps est un Autre, ou le corps de l’Autre. Lire la suite « L’attrait de la rivière »

Le rouge-gorge

Chaque fois que je tonds la pelouse, que je sarcle pour désherber ou encore que je creuse un trou en vue d’une plantation, je vois surgir un rouge-gorge qui se poste suffisamment près pour sauter sur mon terrain d’action dès que j’ai le dos tourné. Son arrivée me réjouit car je me plais à penser que ce n’est pas un rouge-gorge parmi tant d’autres, un représentant interchangeable de son espèce, mais LE rouge-gorge, celui qui a ses habitudes dans mon jardin, un familier en quelque sorte, mon locataire pour ainsi dire.

Rouge-gorge.

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