Dimanche

Photo : Sylvain Maresca

Il arrête sa mobylette sous les tilleuls, juste en face de l’église. Hors de la sacoche droite pointent les deux moitiés de la baguette qu’il était parti acheter, une « grosse » comme on dit ici, un pain c’est-à-dire. Il enlève son casque qu’il emboîte sur l’extrémité de la selle, où il le laissera. Puis, cependant qu’il lisse ses cheveux qui se font rares, il plonge son autre main dans la sacoche gauche et en sort une casquette grise. D’un seul enchaînement coulé, le dernier passage de ses doigts sur le crâne s’efface devant le couvre-chef qui s’y cale d’instinct.

Ainsi paré, il abandonne sa mobylette et se dirige vers le café. C’est dimanche.

Mowgli 2.0

Aperçu du jeu vidéo « Adventures of Mowgli »

Une touffe de cheveux aussi dense qu’un fourré tropical, un désordre de mèches épaisses et noires qui doublent le volume de son crâne. Dessous, la peau est mate et sombre, le visage, encore enfantin, évoque une origine bengali ou birmane. Ses yeux ont la fixité et la tension du chasseur à l’affût. Pourtant, la seule note d’exotisme chez ce garçon qui attend le bus, provient du remake du Livre de la jungle qui concentre son attention sur l’écran de son téléphone portable. La jungle, désormais, est urbaine et virtuelle.

Retraite/Jubilation ?

Screenshot-2017-9-25 jubilacion chez DuckDuckGo
Traduction : « Comment ça va ta retraite ? Comme sur des roulettes. » Sur l’étiquette : « Hors service ». Sur la pancarte : « Déchets ». (capture d’écran du site : http://www.empresadata.com/blog/2013/la-jubilacion-de-los-trabajadores-autonomos)

Qu’est-ce que cesser de travailler quand est venu l’âge de la retraite ?

Se retirer sur la pointe des pieds, gauchement, comme si l’on n’était pas sûr d’y avoir droit ou même de se l’autoriser ?

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La clé est restée sur la porte

Photo : Sylvain Maresca

« Autrefois, personne ne fermait jamais les portes à clé dans toute la ville de Tchoudov. Quand quelqu’un se construisait une maison (…), après la bénédiction de son logis, il remettait la clé à l’église pour l’éternité. De part et d’autre de l’autel étaient accrochées des clés forgées en 1584, avec des dates et des noms gravés qui appartenaient à des familles portant aujourd’hui encore ces noms mentionnés pour la première fois dans des registres paroissiaux de l’époque d’Ivan le Terrible. Il y avait une multitude de clés toutes neuves, étincelantes, et encore davantage de clés noircies par le temps suspendues à des clous dont le mur était criblé depuis le sol jusqu’au plafond ‘Le diable ne se laisse pas arrêter par nos serrures ! disait le prêtre Dmitri Okhotnikov. Et le Seigneur, lui, ne se laisse pas arrêter par le diable !’ »
(Iouri Bouïda, La mouette au sang bleu, Paris, Gallimard, 2015, pp. 48-49 – traduit du russe par Sophie Benech).

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