L’art de la chute

« GALOPIN. – Madame, on a servi sur table.
DORANTE. – Ah ! voilà justement ce qu’il faut pour le dénouement que nous cherchions ; et l’on ne peut rien trouver de plus naturel. On disputera fort et ferme de part et d’autre, comme nous l’avons fait, sans que personne se rende ; un petit laquais viendra dire qu’on a servi ; on se lèvera ; et chacun ira souper.

URANIE. – La comédie ne peut pas mieux finir, et nous ferons bien d’en demeurer là.
                                   Fin »

Molière, La Critique de l’École des femmes (1663), Paris, Garnier Flammarion, 2011, pp. 181-182.

J’adore la façon on ne peut plus simple, légère et désinvolte avec laquelle Molière met un terme, qu’on devine provisoire, au texte par lequel lui-même déclenche sciemment la polémique autour de sa pièce L’École des femmes. Manière de dire : je pourrais continuer à alimenter le débat, à enchaîner les réparties spirituelles, à prévoir celles que vous allez vous-mêmes lancer autour de mon texte, mais je préfère couper court et m’en remettre à un laquais pour sonner la fin du bal. Qu’on ne cherche pas de raison, seul mon arbitraire prévaut en la matière.