L’art de la chute

« GALOPIN. – Madame, on a servi sur table.
DORANTE. – Ah ! voilà justement ce qu’il faut pour le dénouement que nous cherchions ; et l’on ne peut rien trouver de plus naturel. On disputera fort et ferme de part et d’autre, comme nous l’avons fait, sans que personne se rende ; un petit laquais viendra dire qu’on a servi ; on se lèvera ; et chacun ira souper.

URANIE. – La comédie ne peut pas mieux finir, et nous ferons bien d’en demeurer là.
                                   Fin »

Molière, La Critique de l’École des femmes (1663), Paris, Garnier Flammarion, 2011, pp. 181-182.

J’adore la façon on ne peut plus simple, légère et désinvolte avec laquelle Molière met un terme, qu’on devine provisoire, au texte par lequel lui-même déclenche sciemment la polémique autour de sa pièce L’École des femmes. Manière de dire : je pourrais continuer à alimenter le débat, à enchaîner les réparties spirituelles, à prévoir celles que vous allez vous-mêmes lancer autour de mon texte, mais je préfère couper court et m’en remettre à un laquais pour sonner la fin du bal. Qu’on ne cherche pas de raison, seul mon arbitraire prévaut en la matière.

2 réflexions sur “L’art de la chute

  1. c’est cela l’éternel…ou on enfle la polémique à n’en plus finir…ou on se tait pour l’eternité… c’est compliqué la vie….non c’est complexe… c’est facile de se taire? c’est facile de museler les autres? c’est facile le courage? est’ce facile de se réserver le droit de…? c’est facile pour certains, difficile pour d’autres…l’art et la manière…le droit et les usages…ou tout simplement ce proverbe polynésien « l’oiseau qui chante ne sait pas si on l’entendra »… un jour, l’oiseau ne chantera -il plus?
    J’aime bien Molière et j’aime bien cette forme d’honnêteté et de lucidité qui semble lui donner tous les droits…ceux d’une autre époque?

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  2. …  » Seul mon arbitraire prévaut en la matière … » Certes, certes. Tout comme l’arbitraire du celui qui, au XXI° siècle, en un élégant et joli pied de nez conclusif … salue les Trissotins qui, naguère et aujourd’hui, pérorent en d’autres lieux. Dans des salles immenses et presque vides, leurs fats propos s’élèvent bourrés d’hypotyposes, lieux communs, kakemphatons, et autres lapalissades ! Merci, cher lecteur de Molière, pour ce retour roboratif à Jean-Baptiste Poquelin !

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