Intempérie

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A-t-elle la notion du temps la pluie lorsqu’elle s’abat sur la terre ? Qu’elle éclabousse le paysage, accable l’herbe des prairies, dévale les chemins, noie les fossés jusqu’aux caves des maisons en contrebas ? A-t-elle seulement conscience des impératifs de la vie humaine lorsqu’elle déploie son rideau aussi opaque que le meilleur coton et déclenche à l’aveugle l’assaut de ses gouttelettes, mitraille tambourinante et insaisissable ?

Au moment où, déjà passablement en retard, j’ouvre la porte pour sortir, une herse liquide me barre le chemin. L’averse, qui tombe en oblique, trempe mes chaussures avant même que j’aie pris la mesure du péril. Je recule à la hâte et referme la porte contre laquelle la pluie s’acharne à crépiter. Le siège s’installe.

Je reste le dos contre la porte de peur que l’intempérie ne l’enfonce, renforcée par le vent qui siffle sous le seuil. J’ai l’impression de subir une attaque en règle. L’heure tourne, aussi indifférente à mes ennuis que la pluie qui les provoque. Une absurde sensation d’impuissance me gagne plus sûrement encore que l’infiltration de l’eau sous les fenêtres, le constat qu’il suffit d’un grain pour enrayer ma maîtrise du temps. Ce n’est pourtant que de l’eau, mais elle charrie tant de périls réels ou imaginaires qu’elle a raison de ma détermination. Me voilà bloqué par un simple ruissellement qui n’a pourtant pas le pouvoir de me dissoudre.

Quelques minutes plus tard, le silence s’abat avec la soudaineté d’un geste de chef d’orchestre. La maison s’égoutte, les rigoles s’entrecroisent, les premiers oiseaux pépient. La nature se moque de mes frayeurs : quoi, une averse, des trombes d’eau ? je ne vois pas de quoi vous parlez. J’hésite à rouvrir la porte, je n’ai plus le cœur à tenter de rattraper mon retard, sonné par ce K.O. météorologique.

J’appartiens au règne de la nature, elle me commande encore, n’est-ce pas rassurant ? Le glouglou des gouttières dispense une petite musique qui prêche l’insouciance et le détachement, ceux du bouchon que le courant emporte, impuissant à lui résister, mais plus curieux encore de savoir où il l’emmène.

Je sortirai demain.

Photographie : Sylvain Maresca

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