Une passion au long cours

Le musée de l’Innocence est un roman de l’écrivain turc Orhan Pamuk, prix Nobel de littérature en 2006. Au fil de plus de 600 pages, il décrit la passion amoureuse d’un fils de bonne famille qui, après deux mois de relations sexuelles torrides avec une très jeune cousine, va passer des années à nourrir pour elle un amour contrarié. Le roman relate les humeurs, les états d’âme, les interrogations par lesquels passe cet homme qui se laisse emporter par sa passion au point de rompre ses fiançailles, de menacer sa fortune et de s’aliéner les amitiés nombreuses qu’il comptait dans la bonne société d’Istambul. Il le fait néanmoins sans aucun regret tant son amour l’habite, le transporte, le ballotte entre espoirs irraisonnés et crises de désespoir. A mesure que passent ces années de dépendance à l’objet de son amour, il se met à collectionner les objets matériels qui lui sont liés et finit par envisager d’en faire un musée.

Ce long récit est également le prétexte à décrire les moeurs, passablement hypocrites, de la bourgeoisie occidentalisée d’Istambul, l’univers faussement libéré du cinéma, mais également, par un souci d’exactitude quasi-anthropologique, de restituer la vie matérielle de l’époque (les années 1975-1990) à travers les multiples objets de la vie courante qui l’ont caractérisée.

Etonnamment, pour un roman sur la passion amoureuse, le ton est bienveillant et presque apaisé. Ce n’est pas un récit exalté, mais plutôt une tentative opiniâtre pour comprendre le comportement de personnages gouvernés par leurs passions, tous plus humains les uns que les autres.

Ce livre me fait penser, dans un autre registre, au roman, aussi volumineux, de l’écrivain indien, Tarun Tejpal, Loin de Chandigarh, qui relate la passion amoureuse, entre un homme et une femme dans une vieille maison du Nord de l’Inde, une passion impérieusement physique, qui finira pourtant par se déliter inexorablement. Là encore, en dépit de la violence du sentiment amoureux ressenti l’un pour l’autre par les personnages, le récit s’installe dans une lenteur empreinte de nombreux détails matériels qui lui confèrent une épaisseur impressionnante.

Je suis fasciné par ces écrivains de la durée, capables comme Orhan Pamuk de consacrer deux ans et demi à écrire une histoire dont ils explorent les moindres recoins, moi qui suis attiré de préférence par les formes courtes, la concision et la formule synthétique. J’envie leur capacité, mais également leur courage, à s’enfoncer dans le coeur d’une intrigue dont j’ignore s’ils en connaissent les détours et l’aboutissement avant de commencer, ou si, au contraire, ils la découvrent au fur et à mesure et s’y laissent entraîner. Ainsi conçue, l’écriture devient une expérience de vie, une sorte d’alternative dont je me demande comment elle se raccroche à l’existence ordinaire. Peut-on la combiner avec le reste (les amours, les enfants, les autres…) ou doit-on lui céder tout ?

Il est certain, en tout cas, que les romans de ces auteurs me procurent, en tant que lecteur, le sentiment très puissant d’accéder à une intensité de vivre dont je n’ai pas l’expérience par moi-même.

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