Jouer

Photo : Sylvain Maresca

Des après-midi passés à jouer dans le parc. Curieux mélange de jubilation et d’étonnement : quoi, à notre âge, nous pouvons encore consacrer des heures à inventer des jeux sous les arbres ?

« Maturité de l’homme : retrouver le sérieux qu’il mettait au jeu, étant enfant » (Nietzsche)

Nous répétons une pièce de théâtre qui, dans ce décor, se transforme en une sorte de jeu de piste dans lequel il n’y aurait pas des indices à trouver, des énigmes à résoudre, mais des scènes à jouer, des surprises à préparer pour les spectateurs. Nous passons donc des heures à repérer les emplacements, à rechercher la meilleure posture pour y prendre place, à régler nos entrées et nos sorties dans ce théâtre de verdure. Il nous faut pousser la voix pour être sûrs de nous faire entendre, mais également pour surpasser le vacarme des oiseaux dont c’est le terrain de jeu naturel.

Ce décor nous inspire et nous aspire à la fois. La végétation qui lutte pour gagner la lumière nous communique son énergie, vibrante malgré son silence. Elle nous oblige à nous grandir, à nous élancer dans l’espace. Au pied des bambous prolifiques, il nous faut jaillir à notre tour car sinon le décor nous engloutirait.

Il règne une moiteur dépaysante qui nous emporte vers d’autres horizons. L’Indochine semble à portée de main au cœur même de Nantes. On peut rêver et déclamer des mots qui, eux aussi, nous décollent de la réalité. C’est plaisant et drôle. On s’amuse à répéter, répéter, pour qu’à la fin le jeu nous devienne naturel. Réapprentissage des spontanéités de l’enfance.

Des après-midi pour préparer une représentation qui sera achevée en une demi-heure et ne sera jouée qu’une fois. Démesure du temps investi, aucun calcul de rentabilité, le jeu pour le jeu auquel seuls les enfants savent se livrer. C’est émouvant de voir cette poignée d’individus qui ne se connaissaient pas communier à cette parenthèse enchantée, lui donner leur temps et leurs rêveries, sans questionner son importance, retrouvant peut-être à cette occasion une légèreté, une absence de calcul, une insouciance même, que la vie n’accorde qu’avec parcimonie.

Des après-midi entiers à jouer dans le parc.

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