Rencontre (Vera 1)

Autoroute américaine

Nous nous sommes rencontrés pour ainsi dire dans une voiture. A peine, en effet, avais-je fait la connaissance de Vera dans son quartier de Forest Hills, à New York, que nous nous retrouvâmes dans sa voiture en route pour Washington où nous allions retrouver les siens pour un séjour de vacances en Virginie.

Le trajet dura trois bonnes heures. C’était l’été, l’air était chaud, particulièrement sur ces highways sillonnés sans relâche par des milliers de véhicules. Nous avons fait la route les fenêtres ouvertes dans l’espoir de capter un soupçon de fraîcheur à travers les courants d’air qui s’engouffraient dans la voiture. A tout le moins asséchaient-ils notre transpiration, suscitant à la surface de notre peau l’illusion d’une once de rafraîchissement.

Livré à l’air environnant, l’habitacle de la voiture était saturé de bruits : sous nos pieds le vrombissement inlassable du moteur, à nos oreilles le sifflement de l’air qui chahutait nos cheveux, autour de nous les échos mouvant du trafic routier. C’est pourtant dans ce contexte assourdissant que nous avons entamé une longue conversation qui visait à nous mieux connaître. Car nous étions de parfaits inconnus l’un pour l’autre. Je n’étais pas venu chez Vera au hasard, mais elle ne connaissait rien de moi, ou presque. La parenthèse de ce trajet en voiture nous offrait le temps et l’envie de nous découvrir.

Nous avons donc échangé des confidences, tout de suite très intimes, sur nos vies respectives, en vociférant pour nous faire entendre l’un de l’autre. Chaque mot était menacé par le bruit ambiant, chaque phrase risquait à tout moment d’être emportée par un assaut du vent ou le klaxon d’un camion. Nous devions jeter nos paroles à la tête de l’autre comme on jette une bouteille à la mer. Malgré la brutalité des conditions que nous subissions, nous avons très vite calé notre registre d’échanges sur ce qui nous tenait le plus à cœur, sur certaines clés de nos vies respectives, sur ce qu’elles recelaient de douleurs à peine enfouies ou encore palpitantes, de blessures à vif.

Ce fut pour moi un exercice cathartique qui initia une période de renaissance après plusieurs années sombres et désastreuses. D’avoir dû crier ainsi mes confidences, comme si ma vie en dépendait, m’a permis de basculer dans un nouveau cycle vital qui initia tant de découvertes à venir. Dès ces premiers échanges, je commençai également à entrevoir chez Vera, sous ses dehors de respectable vieille dame de 80 ans, une force impressionnante, doublée d’un humour qui se régalait du caractère loufoque de la situation.

Nous sommes arrivés à Washington complètement aphones, vidés d’en avoir tant dit, mais ravis d’avoir entamé sur les chapeaux de roue une amitié qui n’allait jamais se démentir.

(à suivre…)

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