Depuis quand Victor Hugo travaille-t-il comme videur ?

Je ne sais pas si vous avez vu cette campagne publicitaire de la Fondation Cultura, mais pour ma part elle m’a profondément choqué. Comment en effet peut-on faire passer Victor Hugo pour le vigile d’un club privé chargé d’éconduire le commun des mortels qui n’en font pas partie ?

La Fondation Cultura est le versant bienfaisance de la chaîne de grande distribution du même nom. Son ambition est de « développer la culture et la rendre accessible au plus grand nombre, y compris aux populations qui en sont éloignées« . Très bien. Tous les ans, elle lance une campagne d’affichage pour affirmer l’importance de la culture et de son accès à tous, sans toutefois préciser ce qu’elle entend par culture.

 

Campagne 2018
Campagne 2016
Campagne 2014

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelle mouche l’a piquée cette année de vouloir personnaliser la culture, entendue cette fois comme un domaine privilégié, protégé contre les intrus, en lui prêtant les traits de Victor Hugo ? Une autre version de cette campagne recourt au visage de Beethoven.

Mon plus jeune fils m’a fourni une raison simple : tout le monde connaît le visage de Victor Hugo. Ce qui n’aurait sans doute pas été le cas si on avait utilisé celui de Stéphane Mallarmé, de François Mauriac ou encore de Marguerite Yourcenar. Soit.

Mais pourquoi Victor Hugo, l’homme autant que l’auteur, est-il aussi connu ? De fait, ses œuvres sont entrées dans la culture commune, celle que l’on transmet non seulement par le biais de l’école, mais également grâce aux multiples adaptations et recréations qui ont contribué à l’actualiser et qui continuent à le faire. Gavroche ou Cosette sont des personnages populaires, sans parler de Quasimodo. Les Misérables et Notre Dame de Paris ont été déclinés sous forme de dizaines et de dizaines de films et de dramatiques télé, mais aussi de pièces de théâtre et de comédies musicales jouées dans le monde entier – ces dernières sources de chansons qui sont devenues des tubes. Dernièrement encore, le film de Ladj Ly sur les petits trafics passablement périlleux d’un gamin de banlieue  – sorte de Gavroche des temps modernes – a repris le titre des Misérables dans une référence explicite à Victor Hugo et à son combat pour l’éducation :

« Mes amis, retenez ceci :
il n’y a ni mauvaises herbes,
ni mauvais hommes,
il n’y a que de mauvais cultivateurs. »
(citation qui conclut le film)

Au delà, dans une multitude de villes ou de bourgs, tout le monde sait que l’avenue Victor Hugo est celle qui mène à la gare !

Où est donc le Victor Hugo gardien d’un temple de la culture interdit au tout venant ? En quoi peut-il incarner une conception élitiste de la culture ? Cherche-t-on à nous faire croire que, de nos jours, même Victor Hugo relèverait d’une culture devenue hors d’atteinte ? Constat avéré ou misérabilisme ?

Non décidément, cette affiche est un contresens dont je me demande quelles sont les véritables arrière-pensées.

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