La ruée des nuages répond aux élancements du vent,
puis le fracas du tonnerre secoue le ciel qui s’ennuie.
Sous les feuilles se terre une vie
qui ne sait rien, mais qui ressent
les escarmouches de la nuit.
Depuis la plage, je m’enfonce à pied dans Miami à la tombée de la nuit, lorsque s’allument les lampadaires et que les voies du métro aérien s’éclairent de lumières bleuâtres qui évoquent des pistes d’atterrissage plutôt que des rails, aspirant le regard vers ce niveau second de circulation où des rames automatiques se succèdent en Lire la suite « Perdu dans la ville »→
Il regarde fixement la bouteille placée devant lui, les yeux plissés par l’attention, sans que l’on puisse discerner s’il est mu par l’envie ou la réprobation. Sa bouche masque une moue sous les poils de sa moustache tombante qui rejoignent les plis de sa robe légèrement tendue par un ventre replet. Ses manches le flanquent de Lire la suite « Le sage et la bouteille »→
Ce portrait lu dans Claude Gueux, le court roman que Victor Hugo a écrit en 1834 pour dénoncer la prison et la peine de mort :
« Dans le dépôt où Claude Gueux était enfermé, il y avait un directeur des ateliers, espèce de fonctionnaire propre aux prisons, qui tient tout ensemble du guichetier et du marchand, qui fait en même temps une commande à l’ouvrier et une menace au prisonnier, qui vous met l’outil aux mains et les fers aux pieds. Celui-là était lui-même une variété de l’espèce, un homme bref, tyrannique, obéissant à ses idées, toujours à courte bride sur son autorité ; d’ailleurs, dans l’occasion, bon compagnon, bon prince, jovial même et raillant avec grâce ; dur plutôt que ferme ; ne raisonnant avec personne, pas même avec lui ; bon père, bon mari sans doute, ce qui est devoir et non vertu ; en un mot, pas méchant, mauvais. C’était un de ces hommes qui n’ont rien de vibrant ni d’élastique, qui sont composés de molécules inertes, qui ne résonnent au choc d’aucune idée, au contact d’aucun sentiment, qui ont des colères glacées, des haines mornes, des emportements sans émotion, qui prennent feu sans s’échauffer, dont la capacité de calorique est nulle, et qu’on dirait souvent faits de bois ; ils flambent par un bout et sont froids par l’autre. La ligne principale, la ligne diagonale du caractère de cet homme, c’était la ténacité. Il était fier d’être tenace, et se comparait à Napoléon. Ceci n’est qu’une illusion d’optique. Il y a nombre de gens qui en sont dupes et qui, à certaine distance, prennent la ténacité pour de la volonté, et une chandelle pour une étoile. Quand cet homme donc avait une fois ajusté ce qu’il appelait sa volonté à une chose absurde, il allait tête haute et à travers toute broussaille jusqu’au bout de la chose absurde. L’entêtement sans l’intelligence, c’est la sottise soudée au bout de la bêtise et lui servant de rallonge. Cela va loin. En général, quand une catastrophe privée ou publique s’est écroulée sur nous, si nous examinons, d’après les décombres qui en gisent à terre, de quelle façon elle s’est échafaudée, nous trouvons presque toujours qu’elle a été aveuglément construite par un homme médiocre et obstiné qui avait foi en lui et qui s’admirait. Il y a par le monde beaucoup de ces petites fatalités têtues qui se croient des providences. »
Vous réhaussez vos murets par des panneaux plus ou moins ouvragés, des treillis, des palissades, vous arrachez vos haies – qui demandent trop d’entretien – ou vos pommiers âgés pour les remplacer par des canisses ou mieux encore par des murs. Lire la suite « Emmurés »→