(Ébauche d’une version contemporaine des Rois Mages)
Photo : Sylvain Maresca
CONTE DU LEVANT
L’homme s’était mis en chemin à la recherche des limites de son pays. Chaque matin, le soleil surgissait de la mer, mais on disait que sa course jusqu’au soir n’épuisait pas l’étendue de cet Empire situé au centre du monde. D’ailleurs, l’Empire et le monde, c’était tout comme. L’homme voulut en avoir le cœur net.
Elle aimerait tant rêver, mais ses nuits restent noires. Aucune image ne lui vient entre le moment où elle ferme les yeux et l’instant de son réveil. Le temps qu’elle passe à dormir est comprimé au point de paraître inexistant. Elle voudrait tant ressentir la nuit, sa durée, son épaisseur. Elle a l’impression qu’on lui vole quelque chose. La journée, avec son train de labeur, est si longue en comparaison. Mais rien n’y fait : elle plonge dans l’eau sans fond du sommeil et se réveille comme si elle n’avait pas quitté la surface.
Voici le texte que j’ai eu le plaisir de voir interpréter hier au Théâtre Francine Vasse par deux comédiens très en verve :
Un souvenir sous la table
La table d’un grand repas de famille n’est pas débarrassée. Assiettes sales, verres encore à demi remplis, couverts en désordre, taches sur la nappe, miettes de pain… Les convives ont déserté la salle à manger pour s’égayer dans le jardin.
Au milieu de l’après-midi, la mère de famille revient s’asseoir. Elle pousse les assiettes pour déposer sur la table un épais volume relié, puis elle appelle son futur gendre avec un sourire gourmand sur les lèvres.
La mère – Mon petit Manuel, venez donc ici que je vous montre la famille.
Lorsque, le lendemain matin, on la ramène dans le bureau de l’inspecteur, Mme Belhassem a l’impression d’y être précédée par son odeur, un mélange de sueur et de tissu froissé qui la mortifie. Jamais elle ne s’est présentée à des inconnus dans un tel état d’abandon. Ses cheveux la grattent sous son fichu qu’elle n’a pas voulu enlever, même lorsqu’elle s’est retrouvée seule en cellule pour passer une nuit aussi blanche que la lumière insistante du néon fixé au plafond. Elle était persuadée qu’on surveillait ses moindres gestes. Par quel moyen, elle l’ignorait, mais elle en était sûre.
– Qu’est-ce que vous faites ?, demande le premier policier.
– A qui s’adresse votre question ? A moi ou à eux ?, l’interroge à son tour Mme Belhassem en désignant la foule des curieux. Car, personnellement, je n’ai toujours pas compris ce que font tous ces gens, agglutinés comme des dattes, à me regarder faire. A croire qu’ils jamais vu de feu de leur vie.
– C’est à vous que je parle, Madame. Pourquoi brûlez-vous ces papiers ?
– Pour m’en débarrasser, sapristi ! J’en avais deux sacs pleins, si gros que je ne pouvais plus ni sortir ni rentrer chez moi.