Ni trop ni trop peu

J’ai toujours aimé les romans-fleuves : L’Iliade et L’Odyssée d’Homère, Les Misérables de Victor Hugo, Guerre et Paix de Tolstoï, La Roue rouge de Soljenitsyne, Loin de Chandigarh de Tarun Tejpal… M’immerger dans ces histoires au long cours, les retrouver chaque soir avec ce mélange d’habitude et de curiosité, en venir à côtoyer les personnages comme si je les connaissais personnellement, être débordé, Lire la suite « Ni trop ni trop peu »

L’art de la chute

« GALOPIN. – Madame, on a servi sur table.
DORANTE. – Ah ! voilà justement ce qu’il faut pour le dénouement que nous cherchions ; et l’on ne peut rien trouver de plus naturel. On disputera fort et ferme de part et d’autre, comme nous l’avons fait, sans que personne se rende ; un petit laquais viendra dire qu’on a servi ; on se lèvera ; et chacun ira souper.

URANIE. – La comédie ne peut pas mieux finir, et nous ferons bien d’en demeurer là.
                                   Fin »

Molière, La Critique de l’École des femmes (1663), Paris, Garnier Flammarion, 2011, pp. 181-182.

J’adore la façon on ne peut plus simple, légère et désinvolte avec laquelle Molière met un terme, qu’on devine provisoire, au texte par lequel lui-même déclenche sciemment la polémique autour de sa pièce L’École des femmes. Manière de dire : je pourrais continuer à alimenter le débat, à enchaîner les réparties spirituelles, à prévoir celles que vous allez vous-mêmes lancer autour de mon texte, mais je préfère couper court et m’en remettre à un laquais pour sonner la fin du bal. Qu’on ne cherche pas de raison, seul mon arbitraire prévaut en la matière.

Le bruissement de l’Histoire

C’est un roman sans personnages, sans intrigue non plus sinon le déroulement de faits avérés par les chroniques. Un roman qui restitue ce qu’ont vécu des centaines de femmes concernées par le même destin, des Japonaises émigrées aux États-Unis au début du vingtième siècle pour se marier avec des hommes qu’elles n’avaient jamais vus. Ce court roman retrace leur parcours depuis la traversée de l’Océan Pacifique jusqu’à leur mise au ban de la société américaine après l’attaque de Pearl Harbour.

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Une passion au long cours

Le musée de l’Innocence est un roman de l’écrivain turc Orhan Pamuk, prix Nobel de littérature en 2006. Au fil de plus de 600 pages, il décrit la passion amoureuse d’un fils de bonne famille qui, après deux mois de relations sexuelles torrides avec une très jeune cousine, va passer des années à nourrir pour elle un amour contrarié. Le Lire la suite « Une passion au long cours »

Wash

« [Les Blancs] écrivent qui ils sont, ce qu’ils ont fait. Et pareil pour leur père, et le père de leur père. On met tout dans un livre, on le ferme et on le met sur une étagère. Juste pour savoir qu’il est là et dormir tranquille. On dirait que s’ils n’ont pas écrit leur nom quelque part, et qu’ils ferment les yeux une minute, ils pourraient disparaître.

Mais pas moyen d’écrire ça. Pas de livre où le mettre. Nous autres, on ferme les yeux le soir, et on se réveille le matin, sans avoir été écrits nulle part. Et pourtant, on ne disparaît pas. » (p. 18)

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