Voir également : Quand mes mots deviennent les leurs.
Auteur : sylvainmaresca
La clé est restée sur la porte

« Autrefois, personne ne fermait jamais les portes à clé dans toute la ville de Tchoudov. Quand quelqu’un se construisait une maison (…), après la bénédiction de son logis, il remettait la clé à l’église pour l’éternité. De part et d’autre de l’autel étaient accrochées des clés forgées en 1584, avec des dates et des noms gravés qui appartenaient à des familles portant aujourd’hui encore ces noms mentionnés pour la première fois dans des registres paroissiaux de l’époque d’Ivan le Terrible. Il y avait une multitude de clés toutes neuves, étincelantes, et encore davantage de clés noircies par le temps suspendues à des clous dont le mur était criblé depuis le sol jusqu’au plafond ‘Le diable ne se laisse pas arrêter par nos serrures ! disait le prêtre Dmitri Okhotnikov. Et le Seigneur, lui, ne se laisse pas arrêter par le diable !’ »
(Iouri Bouïda, La mouette au sang bleu, Paris, Gallimard, 2015, pp. 48-49 – traduit du russe par Sophie Benech).
L’espoir luit comme un brin de paille

L’espoir luit comme un brin de paille dans l’étable.
Que crains-tu de la guêpe ivre de son vol fou ?
Vois, le soleil toujours poudroie à quelque trou.
Que ne t’endormais-tu, le coude sur la table ?
Quelques vers de Verlaine en guise de viatique pour cet été que je vous souhaite lumineux et paisible.
A bientôt.
Torpeur

La chaleur couve les murs de la maison. Des coups de poing de lumière frappent les volets de la fenêtre. Une mouche qui s’échine à s’échapper dans les rais de lumière agite la poussière ambiante. Le calme de la sieste est trompeur : tout semble assoupi alors que rien ni personne ne dort. Le parquet craque sous les pieds usés du lit, une armée invisible le ronge du dessous. Des crissements dans la paille du matelas répercutent cette agitation vorace, dévastatrice, qui, tôt ou tard, réduira les meubles en poussière.
Pense aux autres
« Quand tu prends ton petit déjeuner, pense aux autres.
N’oublie pas le grain aux colombes. »

Ces vers sont du poète palestinien Mahmoud Darwish. Je les ai découverts dans le générique de fin du court métrage La vie des pigeons de Baha Abu Shanab, qui décrit la dure attente, chaque matin, des travailleurs palestiniens au poste de contrôle entre Bethléem et Jérusalem. Pour s’assurer de pouvoir gagner le pain de leur famille au prix d’une journée de travail en Israël, ils doivent se lever à 1 h ou 2 h du matin pour commencer à faire la queue dès 4 h.
Dans ce contexte inhumain, le précepte du poète « Pense aux autres » revêt une humanité confondante. Qui sont les « autres » pour les malheureux habitants des territoires occupés ?