Dès que j’entreprends de couper des oignons, je pense à l’un de mes collègues avec qui pourtant je n’ai jamais fait la cuisine. Pourquoi lui et pourquoi les oignons ? Étrange question.
Auteur : sylvainmaresca
Ruissellement couleur jaune
Son camion est jaune, mais d’un jaune évasif, si l’on peut dire, tant la rouille le mite de toute part. Sur la plate-forme arrière se trouve repliée une sorte de grue qui sert à hisser des tuyaux, de gros tuyaux souples par lesquels on injecte du béton dans des emplacements difficiles d’accès. C’est un engin de travaux publics. Lire la suite « Ruissellement couleur jaune »
Divorce végétal
L’arbre poussait au bord de la plage. D’année en année, il s’élevait vers le ciel avec l’assurance d’un postulat : je suis appelé par les hauteurs, je tutoierai les cimes, mes plus hautes branches crèveront les nuages. Orgueil de la jeunesse.
Wash

« [Les Blancs] écrivent qui ils sont, ce qu’ils ont fait. Et pareil pour leur père, et le père de leur père. On met tout dans un livre, on le ferme et on le met sur une étagère. Juste pour savoir qu’il est là et dormir tranquille. On dirait que s’ils n’ont pas écrit leur nom quelque part, et qu’ils ferment les yeux une minute, ils pourraient disparaître.
Mais pas moyen d’écrire ça. Pas de livre où le mettre. Nous autres, on ferme les yeux le soir, et on se réveille le matin, sans avoir été écrits nulle part. Et pourtant, on ne disparaît pas. » (p. 18)
L’amorce de l’été
C’est d’abord léger, à peine perceptible. Un souffle d’air l’annonce au matin lorsque le soleil darde ses premiers rayons sur la tonnelle. Avec la chaleur qui s’annonce monte un arôme douçâtre de seringat que les abeilles, tôt levées, vibrionnent et dispersent dans la cour. A mesure qu’elles s’élèvent dans le ciel, le soleil aspire ces effluves qui s’infiltrent dans les étages de la demeure à travers les persiennes entrouvertes, caressant les draps, les tentures, les tapis qui absorbent cet avant-goût d’été. La maison craque de toute part et lâche des courants d’air qui traquent l’humidité de l’hiver en soulevant une poussière scintillante, zébrée de mouches. Cette ivresse de senteurs retombe avec la nuit qui étend sur l’horizon humide des prairies environnantes un linceul odorant que l’aube soulèvera pour renouer jour après jour avec les mille parfums du vivant.


