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« Mon verre était vide, je me dirigeais donc une fois de plus vers le bar. Même englouti par une foule suffisamment épaisse pour ralentir ma progression, je ne pouvais me défaire de la sensation que Billy [le fils du narrateur] épiait chacun de mes mouvements. Il voulait me demander quelque chose. Je savais ce que c’était ; c’était très simple. Il voulait rentrer avec moi ce soir. Dans mon appartement. Rien que nous deux. Pour se réveiller au matin et poursuivre ce que nous aurions commencé la veille au soir. Juste être avec moi, sans personne autour de nous, pour une fois. Rien que nous deux.
Je savais ce qu’il voulait, ce n’était pas nouveau. Mais je savais également, parce que je me connaissais, que je trouverais sans aucun doute un moyen de l’empêcher de rentrer avec moi ce soir.
Cela n’avait rien à voir avec l’amour. J’aimais Billy, mais j’étais incapable de l’aimer en privé, quand nous n’étions rien que tous les deux.
C’était une autre de mes maladies. Je ne sais pas comment l’appeler. Fuite devant l’intimité. Fuite à tout prix devant toute forme d’intimité. Avec qui que ce fût. »
(Steve Tesich, Karoo, Toulouse, Monsieur Toussaint Louverture, 2012, p. 17-18 – traduit de l’américain par Anne Wicke. Merci à Ronan de me l’avoir fait découvrir)



Le musée de l’Innocence est un roman de l’écrivain turc Orhan Pamuk, prix Nobel de littérature en 2006. Au fil de plus de 600 pages, il décrit la passion amoureuse d’un fils de bonne famille qui, après deux mois de relations sexuelles torrides avec une très jeune cousine, va passer des années à nourrir pour elle un amour contrarié. Le