Le premier jour – 6

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Photo : Sylvain Maresca

Lorsque Étienne entendit la sonnette, son réflexe fut de s’enfoncer dans son lit. Il ne recevait jamais de visites. Quant aux factures, elles pouvaient attendre. Sous ses dehors de reclus volontaire, Étienne ne pouvait cependant s’empêcher de s’interroger. Qui avait pris la peine de venir le voir ? Qui ignorait sa fuite du monde ? Qui s’imaginait pouvoir l’en extraire ? Lire la suite « Le premier jour – 6 »

Le premier jour – 5

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Photo : Sylvain Maresca

Étienne était encore au fond de son lit à onze heures passé. Qu’est-ce qui lui avait pris de ne pas se lever ? Il avait entendu son réveil comme d’habitude, mais il en avait interrompu aussitôt la sonnerie, d’un geste las, pour se laisser reprendre par le sommeil. Un sommeil haché, entrecoupé de sursauts, d’appels indignés de sa conscience laborieuse. « Que fais-tu là, à te prélasser ? Allez, debout ! Ton œuvre t’attend. » Lire la suite « Le premier jour – 5 »

Les drôles

Le générique de fin du film Tout ce qu’il me reste de la révolution – film drôle, tendre, pétillant de vie sur l’héritage en loque des idéaux révolutionnaires et leur difficile reconversion dans le marasme actuel – se déroule sur les accents d’une chanson qui m’a fait monter une bouffée de nostalgie. Sur le moment, ni le titre (Les Tuileries), ni les interprètes (Camélia Jordana et Bertrand Belin) ne me disaient rien, mais la chanson, oui. Je la connaissais, forcément, mais pas sous cette forme, chantée autrement. Lire la suite « Les drôles »

Le premier jour – 4

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Photo : Sylvain Maresca

Lui, absent de son corps. Elle, vive et bondissante.

Lui, grand, mince, habillé sans recherche, pour se couvrir, simplement.

Elle, bien en chair, heureuse de ses formes. Vêtue de couleurs et d’atours, foulard brodé, bracelets, bagues, boucles d’oreille. Rien de précieux, que des reflets chatoyants pour rehausser l’éclat de ses yeux. Lire la suite « Le premier jour – 4 »

Le premier jour – 3

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Photo : Sylvain Maresca

Le lendemain, Irina – ainsi se prénommait la serveuse – s’attendait à voir Étienne revenir à neuf heures. Le patron du bar lui avait expliqué qu’il était d’une ponctualité remarquable, pour ainsi dire obsessionnelle. Ce garçon avait le don d’organiser sa vie au millimètre et de n’en pas dévier. Même pour se lancer dans l’entreprise ô combien aventureuse d’un roman, il lui fallait un protocole immuable, répétitif, une routine inscrite dans ses gestes comme dans chacun des os de son squelette. Un tel rempart devait probablement le rassurer et lui permettre d’endiguer les angoisses de la création. Car, aussi étonnant que cela puisse paraître, cet ennemi du hasard était un artiste, un écrivain inconnu, sans éditeur, qui accumulait les pages et les pages, mais qui continuait néanmoins d’écrire, avec une obstination elle aussi proprement maniaque. Lire la suite « Le premier jour – 3 »