
De quel homme regarde-t-on d’abord les pieds ?
Celui qui n’a pas de visage, celui dont le visage est fuyant, comme cherchant à s’effacer de notre regard afin qu’on ne le retienne pas, celui dont la peau est si sombre dans la nuit qu’elle ne laisse voir que ses vêtements, tel un mannequin de cire affublé de nippes d’emprunt.



En entendant les hommages unanimes rendus à Charles Aznavour à la suite de son décès, j’ai réalisé que je ne l’avais jamais écouté. Bien sûr, comme tout le monde, je connais l’air de quelques-unes de ses chansons les plus célèbres, mais rien de plus. Enfant, dans les années soixante, son nom ne me disait rien. Il fallut la rencontre dans une maison de repos – je devais avoir dix ans – avec une jeune fille qui ne jurait que par Aznavour pour apprendre son existence et entendre un de ses titres. Découverte sans lendemain : je préférai bientôt Claude François et les Beatles.